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ACTUALITE

04/03/2008

En Italique conçoit et anime à la demande des promenades architecturales depuis le Vieux-Port jusqu'aux quartiers d'Arenc et de la Joliette. Contactez-nous pour programmer une nouvelle promenade.

23/09/2000

Dans le cadre d'un cycle de conférence initié par l'ADAPP Ouest Provence intitulé "L'art en mouvement" En Italique vous donne rendez vous une fois par mois d'octobre 2011 à  juin 2012 au cinéma Le Coluche à Istres autour du genre de l'installation.

25/05/2000

En Italique anime des circuits entre les lieux d'exposition, galerie, association, atelier d'artiste, à la demande. La proximité des lieux de diffusion dans l'hyper centre marseillais est propice à la (re)découverte de la vivacité de la création ! Contactez nous pour programmer le circuit qui vous conviendra le mieux.


Archives des Feed Back

Février 2011

Driss Aroussi, Jacques Hérold
Exposition Driss Aroussi à la Bibliothèque départementale des Bouches du Rhône et rétrospective Jacques Hérold au Musée Cantini.

Le monde il faut l’inventer [1]
Se déplacer pour visiter une exposition, acheter une place ou pas, piétiner, papillonner entre les œuvres ou s’arrêter et se rendre disponible pour éprouver une petite émotion ou une grande secousse… mais bien souvent rien de tout cela. Pourtant, quoi qu’il se passe, quelles que soient nos attentes, difficile de ne pas penser que ces rencontres ne suscitent pas des traces susceptibles de resurgir à tout moment et de jouer un rôle dans nos comportements présents.

L’exposition photographique de Driss Aroussi au premier étage de la Bibliothèque départementale ne traite pas d’un événement remarquable à priori : portraits d’ouvriers, photographies dans les chantiers d’objets et d’espaces. Il y a de plus en plus de gens qui perdent leur vie en la gagnant, mais ce n’est pas tout à fait le sujet de l’exposition, ni la répétition des gestes au travail, encore moins l’effort ou le labeur, ce serait plutôt le presque banal. Il s’agit de composer simplement avec ce qui est là, avec les choses de l’ordinaire glanées sur la scène du chantier.
Le titre de l’exposition, En chantier, signale déjà à quel point cette proposition est sensible au temps et au mouvement. Tout comme dans un chantier où tout est destiné à se transformer, à changer d’état, de forme, mieux qu’un processus c’est un programme. Cet intérêt pour la fragilité pourrait faire penser à certains égards au concept de « l’instant décisif » incarné par Cartier Bresson avec qui l’appareil photographique devient un prolongement de l’œil afin de fixer ce que personne ne remarque ou alors de manière bien trop fugace. Des objets donc et des portraits, l’étymologie de « portrait » vient de l’ancien verbe portraire ou pourtraire, traire en ancien français c’est tirer, ce qui donne : « pour » et « tirer », mais que tire-t-on du modèle photographié ? [2]

Généralement pour réussir un portrait, l’auteur tente de saisir un moment authentique et singulier, celui qui exprimera au mieux la personne. Driss Aroussi utilise lui un protocole précis : importance de la couleur, frontalité de la prise de vue, netteté des différents plans, traitement équivalent des individus et des choses photographiées… En évitant de s’inscrire particulièrement dans un genre, portrait allégorique, « manifeste », psychologique, « poétique » ou caricatural, ses images soulignent à quel point le portrait photographique a une double nature, c’est à la fois une célébration du sujet, un art de la personne et un genre artistique, un art de l’image. Sa démarche photographique procède d’un enregistrement du réel tout en entretenant autre chose, les objets acquièrent un nouvel aspect, leur extrême banalité devient étrange leur fonction indécise, l’image bascule. Réinventer le monde c’est aussi la démarche surréaliste [3], le musée Cantini célèbre le centenaire de la naissance de Jacques Hérold (1910-1987) avec l’exposition de tableaux, de sculptures, de dessins et la correspondance avec ses amis surréalistes. Le vocabulaire de ce peintre se compose de formes organiques, végétales et surtout de personnages écorchés, déchiquetés, soumis aux éléments naturels, à des forces invisibles qui les dominent, comme la gravité, le temps qui passe, le vent, « …il faut peindre le vent qui traverse les objets peints et qui les déchires… ». Il nous montre que nous avons plusieurs corps, le corps des anatomistes, celui des physiologistes, celui des psychanalystes, un autre plus érotique et tant d’autres encore. Il peint le lieu où les apparences se dissolvent, ce qui se cache derrière le décor, les visages de l’autre côté. Sans être particulièrement sensible au surréalisme, j’apprécie leurs techniques graphiques et picturales qui créent cette « sur-réalité » dans laquelle « l’auteur peut assister en spectateur à la naissance de l’œuvre et poursuivre les phases de son développement avec indifférence ou passion » [4].

"Si le dompteur aime les drinks et le poivre, le désespoir métaphysique et les caresses qui le retournent comme un gant, le fauve lui, se nourrit de pervenches. Moi-même ? Un dompteur, un fauve ? Un fauve dompté ? Un dompteur fauve ? Moi-même ? Ou plutôt un petit tas d’os, de volontés inconciliables, de papilles à jouir, d’organes à percevoir." René Crevel [5].

Notes

[1] « Le monde il faut l’inventer, il n’y a pas de raison qu’il soit tel que tout le monde le voit » citation de Jacques Hérold extraite du Catalogue de l’exposition « Rétrospective Jacques Hérold » présentée au musée Cantini.

[2] Identifier, reconnaître, c’est la question de l’identification du classement et du contrôle social qui occupe la première production de portraits photographiques.

[3] « Le surréalisme est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble » définition extraite d’un tract surréaliste qui met l’accent sur l’essentiel de ce mouvement, la lutte contre toutes les formes d’oppression du corps et de l’esprit.

[4] André Breton « Qu’est-ce que le surréalisme ? ». Editeur : Le temps qu’il fait.

[5] René Crevel « Mon corps et moi ». Editeur : Ombres.


Janvier 2011

WEEK-END À PARIS

Plusieurs mois avant le début de l’exposition consacrée à Claude Monet au Grand Palais, il était déjà possible de réserver une place en ligne… Dès la fin du mois de novembre, il ne restait plus que quelques billets coupe-file ! Force est de constater que ce genre d’expositions, « Picasso et les maîtres », « Turner, Whistler, Monet » etc, attire les foules : on attend plus d’un demi-million de visiteurs au Grand Palais !
Faute de temps et de patience, je ne visiterai pas cette exposition, pour autant je reste sensible aux questions soulevées par ce genre de manifestation ; oui, la peinture impressionniste fascine les foules, il suffit de constater le nombre d’expositions qui lui est consacré, la littérature abondante et les ventes records qu’elle génère. Pourtant, au début du siècle dernier, c’était loin d’être le cas. Vous souvenez-vous de Boronali, peintre né à Gênes qui connut un succès fugace lors du salon des Indépendants de 1910 ? 
Boronali, c’est le peintre d’une seule toile : Coucher de soleil sur l’Adriatique. À l’époque, plusieurs critiques s’enthousiasment, jusqu’au jour où l’on révèle le canular. [1]. L’auteur se nomme en fait « Lolo », c’est l’âne du patron du Lapin Agile, célèbre cabaret de la butte Montmartre. Mieux, Boronali, c’est aussi l’anagramme d’Aliboron, le nom donné à l’âne par Jean de La Fontaine, par extension Aliboron signifierait « homme ignorant et stupide », ou bien encore « celui qui croit savoir tout faire ».

N’oublions pas que Cézanne, Manet, Monet, Picasso, les impressionnistes [2], pour ne citer qu’eux, ont été critiqués durement aussi bien par le public que par les critiques à leur époque. 
Entre 1860 et 1880, les peintres s’inspirent de la théorie d’Eugène Chevreul « De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés ». D’après elle, Monet peint Impression soleil levant [3] entre 1872 et 1874, selon les spécialistes le doute demeure sur la date exacte mais là n’est pas la question. Ce qui m’importe c’est de savoir combien de temps s’est écoulé avant que ne soit reconnu ce mouvement pictural, puisque cela pose la question de la nouveauté [4] et de son appréciation. Entre les deux, un temps, plus ou moins long, s’écoule… Il y a l’histoire de l’art et l’histoire du goût !
 En fin de compte, c’est une question toujours aussi actuelle : comment interpréter un objet contemporain, comment le faire parler et le transmettre lorsqu’on n’a pas de recul ou si peu ?

Mais dire qu’une création met toujours un certain temps à trouver un public ne permet pas de comprendre le parcours de Basquiat. Au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris on peut (re)découvrir le parcours fulgurant du graffiteur SAMO (« Same Old Shit ») au peintre Basquiat, de la rue aux galeries, entre révolte et star système, de quelle manière il est devenu célèbre avant de mourir à l’âge de 27 ans d’une overdose. L’accrochage soucieux de respecter la chronologie de cette ascension et de valoriser un parcours difficile se révèle fortement hiérarchique, hélas. On passe de salle en salle et quelque part de galerie en galerie, puisque les toiles exposées ainsi que les textes sur les cimaises se focalisent sur les conditions de travail du peintre et sur ses liens avec ses galeristes successifs. La collaboration avec Warhol donne par exemple lieu à un commentaire lapidaire au détriment des œuvres exposées : « …Mais le mauvais accueil réservé par les médias à l’exposition de ces œuvres à la galerie Tony Shafrazi affecte profondément Basquiat qui prend alors ses distances avec Warhol. » ! Quoi penser de l’exposition maladroite (du sol au plafond, dans les escaliers !) de plusieurs dessins alors que la configuration architecturale du musée ne permet d’en apprécier qu’une infime partie. Malgré tout, subsiste l’impression d’un art survitaminé et d’une spontanéité toujours vive où se métissent les influences et les sources.

Ce goût pour l’accident, l’imprévisible, on le retrouve encore au Centre Pompidou avec l’exposition rétrospective Arman jusqu’au 10 janvier 2011. A remarquer, les grandes installations Conscious vandalism et surtout The day after » [5], ainsi que les sections thématiques de l’exposition comme « Arman Renault, Art et Industries » et « J’ai refait le peintre » où l’on apprend comment d’un même geste Arman crée plusieurs œuvres en piétinant des tubes de couleurs avec le film Shooting paintings. Accumulations, Colères, Coupes, Portraits-robots, Combustions, Emersions, Shootings etc. peu importe le procédé exploité par l’artiste, en fin de compte l’appétit d’Arman se révèle toujours aussi cathartique, de quoi tourner la page 2010 !

Claude Monet • Grand Palais • jusqu’au 24 janvier 2011
« Claude Monet, son musée » • Musée Marmottan • jusqu’au 20 février 2011
Rétrospective Basquiat • Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris • jusqu’au 30 janvier 2011 
Rétrospective Arman • Centre Pompidou • jusqu’au 10 janvier 2011

Notes

[1] Derrière ce canular se cache l’homme de lettres Roland Dorgelès. L’âne qui peint avec sa queue Daniel GROJNOWSKI - Actes de la recherche en sciences sociales, n°88, juin 1991, p. 41-47 : « Dorgelès a voulu tourner en ridicule les artistes sans talent et battre le rappel des valeurs menacées… il s’agit de démontrer que le premier venu peut exposer aux Indépendants, causant un « préjudice aux œuvres voisines »… D’une part il constate que pour exposer un tableau il suffit de savoir placer dans un cadre, de préférence doré, une toile enduite de couleurs variées : il se trouvera toujours un public pour l’admirer et des critiques pour en discuter les mérites. D’autre part, il fait le procès de la consécration des œuvres médiocres par voie d’exposition… »

[2] Le terme même « impressionnisme » est à l’origine utilisé pour tourner en dérision Impression soleil levant de Monet.

[3] Impression soleil levant qui a donné son nom au mouvement impressionniste est visible au musée Marmottan qui présente jusqu’au 20 février 2011 l’intégralité de sa collection Monet avec l’exposition « Claude Monet, son musée ».

[4] Lentement mais sûrement se diffuse chez ces peintres l’idée que tout est coloré, jusqu’aux ombres, peu importe le sujet. Il s’agit de représenter une réalité qui n’est pertinente qu’à un moment donné, c’est une peinture de l’instant, une impression puisque le monde est en constante activité chromatique !

[5] Combustion d’un salon complet de style Louis XV, fondu en bronze. Entre destruction et pérennisation, The day after évoque une sorte d’esthétique de la ruine, simplement violent et sublime.


Décembre 2010

RISC / RENCONTRES INTERNATIONALES

 SCIENCES ET CINÉMAS

 4e édition. Novembre 2010, ESPITALLIER / DUYCKAERTS / SÉANCE SPÉCIALE AU GMEM.

L'invitation d'Eric Duyckaerts est réalisée en coproduction avec l'association Vidéochroniques.

Tout commence par une pause annoncée entre la première partie assurée par Jean-Michel Espitallier et Éric Duyckaerts, une pause et non pas un entracte, on nous invite à ne surtout pas bouger… Pas de changement de plateau, pas d’installation délicate, juste une silhouette qui fend la salle avec simplicité, c’est Éric Duyckaerts qui monte sur scène silencieusement. Micro en main il procède à l’habituel test micro, enfin pas tout à fait : « Q.R.S.T… Q.R.S.T… » qu’il ponctue par un « j’ai constaté qu’à la fin de l’alphabet, le cul est resté ! ». Paper - board à proximité, mais pas de marqueur, plutôt embêtant pour la suite… Ce qui fait rire c’est souvent les distractions de la vie, ce qu’il y a d’involontaire dans le comportement humain, la maladresse, une certaine raideur là où on voudrait trouver de la souplesse. C’est l’exemple de l’homme qui trébuche dans la rue, ici l’accidentel se cristallisera dans l’absence (momentanée) de marqueur. L’oubli est vite réparé et le comique peut s’installer dans la personne même du personnage mi professeur, mi savant fou qui hésite entre un théorème et un autre pour traiter le sujet de son intervention. Elle portera sur l’évaluation des diplômes dans les écoles d’art, nous apprenons que cette évaluation se décline à l’aide de quatre grandes unités d’enseignement : culture générale, pratique et production, contextualisation et médiation, recherche et méthode. C’est ce dernier critère qui retiendra l’attention d’ED «…de ce couple Méthode et Recherche dans les arts visuels, je n'interrogerai que le versant Méthode, dans l'espoir de faire apparaître les paradoxes dans lesquels les artistes qui enseignent se trouvent parfois empêtrés… ».

Méthodo, prononcez « Mé-to-do » on devine vite l’importance de ce critère lié à l’émergence et au développement de la recherche de l’étudiant. On comprend aussi qu’il traduit une certaine valorisation de la parole, en tant que forme comme une autre et la préparation de l’étudiant aux multiples épreuves orales qui ponctueront son cursus. Pourtant comme le précise ED l’usage de ce critère se révèle assez flou, plus malléable que les autres, plus plastique quelque part. C’est celui qui permet de valider une pratique encore hésitante, celui qui permet de surfer sur l’histoire de l’art, c’est encore lui qui se manifeste sous la forme d’un protocole artistique lorsqu’un étudiant spécule verbalement sur son travail « C’est le protocole du diner, vous savez comme Opalka1 ! »… Et pourquoi pas le protocole du déjeuner ? Rajoute ED, éclats de rire dans la salle, c’est vrai le rire a besoin d’un écho. En ce qui me concerne je me souviens de mes études et de mes protocoles… oui, le rire cache une arrière-pensée, une complicité avec d’autres rieurs réels ou imaginaires.

Cicéron a dit « Les orateurs élèvent la voix quand ils manquent d'arguments. » ED modère son discours à l’aide de murmures ou de rires nerveux, il capte l'attention de la salle grâce à son charme oratoire éminemment singulier. Une singularité qui flirte avec l’étymologie du terme idiotie, idiotés, idiot qui signifie simple, particulier, unique, selon Clément Rosset2. C’est une acception qui concerne directement la modernité en art où s’exerce cette tradition de la rupture, il faut y paraître singulier, y imposer une signature qui ne puisse entraîner ni contestation ni confusion.
A côté des anecdotes, des improvisations et des citations abusives du latin, il y a dans la performance d’ ED un sujet d’actualité qui concerne les écoles supérieures d’art et l’harmonisation européenne de leurs diplômes. Le rapport de l'AERES3 (Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur) ayant prescrit la rédaction d'un mémoire de fin d'études selon le format universitaire (100.000 signes), sous la direction d'un professeur titulaire d'un doctorat en vue d'une soutenance face à un jury spécifique composé pour moitié de docteurs. C’est une obligation qui soulève plusieurs problèmes, à commencer pour les étudiants avec l’institutionnalisation de l’exégèse de leur propre production, puis la menace qui pèse sur la diversité de supports ou de médiums qu’ils exploitent habituellement pour qualifier leur projet de création. En ce qui concerne les enseignants des écoles d'art on peut s’attendre à une redéfinition de leur statut et par conséquent à un changement de pédagogie avec une redistribution de l’équilibre entre pratique et théorie, le sensible et l'intelligible, l'œuvre et le discours, la création et la recherche... Ironie du sort, ce ne sera pas qu’une question de méthode.

Notes

1 : Roman Opałka (né en 1931) est un peintre protocolaire pour ainsi dire.
« Mon programme se définit par la mort de son auteur et mes tableaux répondent à la plus grande difficulté à laquelle l’homme est confronté : le fait qu’il doit disparaître. Toutefois je ne suis pas un artiste qui peint de manière obsessionnelle le memento mori. Non au contraire, je manifeste la vie ! Parce que l’homme, en sachant qu’il doit mourir, exalte le fait qu’il existe : alors on boit de la vodka, on danse, on aime. Parce que la conscience de la mort est là. » R. Opalka.

2 : Clément Rosset, « Le Réel - Traité de l’idiotie » première publication aux Éditions de Minuit en 1978.


3 : Rapport d’évaluation prescriptive de l’AERES relatif au DNSEP :
http://www.aeres-evaluation.fr/Actualites/Communiques-dossiers-de-presse/Rapport-d-evaluation-prescriptive-de-l-AERES-relatif-au-DNSEP


Novembre 2010

actOral.10 - Festival international des arts & des écritures - du 25 septembre au 13 octobre.

actOral est un Festival international des arts & des écritures contemporaines : lectures, mises en espace, performances, théâtre, danse, cirque, concerts, expositions... en tant que public je m’attends à de la pluridisciplinarité, j’imagine un brouillage des genres artistiques, voire l’élargissement des limites de la notion d’œuvre d’art. Pourtant la communication papier du festival des nouvelles écritures est avare en commentaire elle se limite au « casting » ce qui me laisse sur ma faim et m’intrigue : comment aborder ces productions artistiques apparemment insaisissables, qu’elles soient processuelles ou comportementales, en tout cas « éclatées » selon les standards traditionnels sans chercher à faciliter leur réception ? Je ne milite pas pour plus de communication mais plus simplement pour de l’intersubjectivité, simplement pour plus de récits entre nous.

BATTERIE David Wampach / danse & Jérôme Renault / batterie. Un batteur et un danseur à moins que ce ne soit, un batteur contre un danseur. Fermez les yeux, pensez à votre vieux short de handballeur et imaginez leurs torses couverts de mousse à raser. Ça commence par l’entrée en scène mousseuse des protagonistes vite oubliée au profit du ping - pong qui s’installe entre eux, à gauche la batterie, à droite la danse. Chaque mouvement déclenche une chute de mousse qui révèle un peu plus leur corps, mais le match prend véritablement forme lorsqu’avec humour le danseur sort de sa zone de jeu, occupe le siège d’un spectateur et squatte le terrain, à défaut de remuer les méninges ça remue les sens et ça ce n’est pas rien.

La Main dans le sac Performance de Karelle Ménine. J’ai tendance à penser qu’un texte est fait d’une pluralité de textes, évidemment cela dépend du texte, mais aussi du lecteur qui joue un rôle actif, lire c’est un peu réécrire. Quelle voie choisir dans ce texte, par quoi serai-je influencé au final, quels sont les mots qui résonneront encore longtemps après et pour un autre lecteur comment cela se passera t-il ? Evidemment il existe aussi des textes qui résistent aux interprétations multiples, c’est le cas des textes de loi, c’est justement ce territoire que la main dans le sac semble creuser. L’intention est là dans l’exploration de ce paradoxe, mais la réalisation ne parvient pas à me convaincre, la plaidoirie a beau multiplier les sources je ne doute toujours pas, dommage. C’est en effet à chacun d’entre nous de faire des hypothèses.

Not about everything Performance de Daniel Linehan. Daniel Linehan tourne sur lui même pendant 40 minutes, « Une véritable performance physique ! » pouvait-on entendre à la sortie de la salle. Ce n’est pourtant pas ce qui m’attire, même si je suis sensible à ce qu’elle lui permet de faire, à savoir : boire une bouteille d’eau, ne pas dédicacer cette performance à Josette Pisani, lire une lettre, remplir un chèque et faire un don, dire tout ce qu’il n’est pas en train de dire… Non ce qui m’attire c’est plutôt la figure de style et la figure chorégraphique qui prennent forme pendant 40 minutes avec une vraie cohérence. Pendant que son corps et ses mouvements dessinent une courbe fermée, il dit avec un humour centripète qu’il ne dit pas tout, il parle par allusions et sous-entendus. Il joue sur le langage pour le rendre plus expressif et finalement s’immobilise tout en douceur, difficile de ne pas penser à soi, à nos circonvolutions essentielles et vaines.

Marlon Performance de Aude Lachaise. Lors d'une représentation d’ « Un tramway nommé Désir » d’Elia Kazan, Marlon Brando se casse le nez à la suite d'une altercation avec un machiniste dans les coulisses du théâtre. Une fracture qui n’altérera pas sa beauté magnétique bien au contraire. Souvenez vous de son marcel déchiré qui laisse apparaître ses muscles saillants et de son regard respirant la luxure… n’est-ce pas Aude ?
Adepte de la méthode Stanislavski, Brando joue ses personnages, physiquement et mentalement jusqu'à l'excès. On peut reprocher à certains spectacles d’être désincarné, ce n’est pas le cas de celui ci. Blonde attitude ou pas, on apprécie la démonstration d’Aude qui invite le public à mettre à l’épreuve ses hypothèses, singe le vide et le plein comme personne, livre ses définitions toutes personnelles de l’hétérosexualité, de l’homosexualité et de la sexualité, comme le dit Aude Lachaise, sexe enfin « sequ…xxxeu » c’est vraiment autre chose que le « qqquuu » !


Octobre 2010

DU LOURD ET DU PIQUANT
Rencontres d’Arles 2010 – 60 expositions, du 3 juillet au 19 septembre 2010.

Le parcours du visiteur d’une exposition n’a rien à voir avec celui du spectateur ou autre « sepct’acteur » dont on nous parle ici et là de manière bien trop systématique. Les Rencontres d’Arles 2010 proposent six promenades, une Argentine, une rock, une argentique, une avec les amis de la Fondation LUMA, une en forme de passage de témoin et une promenade autour des conditions de vie en prison, la quantité est au rendez vous, du lourd donc. En ce qui me concerne j’opte pour une posture singulière, celle d’un simple visiteur. Le visiteur glisse parfois rapidement d’une œuvre à l’autre, il ne souffre pourtant pas vraiment d’inattention, il me ferait plutôt penser à cette définition de l’amateur selon Barthes, l'amateur est celui qui reconduit sa jouissance, celui qui aime et aime encore. Il sait se rendre disponible sans céder à un quelconque désir encyclopédiste ou à la rentabilisation d’un passe coûteux.

Le piquant lui n’est pas toujours là où on l’attend, pour preuve le sort réservé à la promenade autour des conditions de vie en prison, l’affichage de tirages papiers à l’extérieur des Ateliers sur des accumulations de cimaises détériorées se révèle aussi sec que le soleil arlésien à 14h en plein mois d’août. Passons et considérons ces rencontres comme une expérience dynamique, très rapidement je finis par confondre les différentes thématiques des parcours proposés pour prendre plaisir à chercher du rock chez Léon Ferrari à l’église Sainte-Anne (Promenade Argentine) ou du tango chez Linder exposée aux Ateliers de la Maintenance (Promenade Rock).

On peut répondre à une question de manière claire et structurée, on peut aussi éprouver un vertige devant ce que l’on souhaite exprimer et en rester à une simple chorégraphie gestuelle. Léon Ferrari ne se pose pas la question, pour s’attaquer aux abus de l’Eglise catholique, aux invasions, dictatures et autres drames, il métisse les pratiques de manière boulimique, exploite la matérialité de l’image photographique. On a dit de Dada1 qu’il cherchait à scandaliser sans que le scandale eût d’autres justifications que son pouvoir destructeur et le plaisir qu’il procurait, le travail de Léon Ferrari fait preuve d’une conscience critique qui suscite la peur (à l’autorité quelle qu’elle soit), la polémique et parfois le scandale (chez le public). Linder, artiste plasticienne elle aussi, développe un travail délicatement subversif, des photomontages qui sont loin des rencontres fortuites prônées par les surréalistes2, mais plutôt des représentations de son engagement. Imaginez une intrigue de boudoir, une femme nue assise, la partie supérieure de son corps est obstruée par l’image d’un tourne disque « à la grand papa ». C’est un corps qui s’offre au regard, anonyme puisque sans tête, un corps objet qui en dit long sur le désir de l’un et les pulsions de l’autre. On peut regretter le peu d’espace qui lui est réservé, ainsi que l’accrochage à proximité de plusieurs clichés de Wolfang Tillmans et de Bruce Corner où s’affiche la génération post-punk et les traces de l’énergie de cette « génération vide » dans une boite à images baignée de sons et de souvenirs, séduisant mais plus vraiment piquant.

« Rien à voir », à l’Atelier de Mécanique où des jambes féminines émergent d’une cimaise, l’image oblige le visiteur à changer de trajectoire, à constater qu’il n’y a rien derrière une photographie, si ce n’est une autre image. Marlo Pascual met littéralement en forme des images sa démarche iconoclaste permet d’envisager la face cachée d’un cliché, son épaisseur, ses effets ici et maintenant, l’art conceptuel et le minimalisme ne sont pas loin. Mon intérêt se porte pour finir sur Taryn Simon « The innocents », à l’Atelier de Mécanique, ces innocents ont purgé une peine de prison pour des crimes violents qu’ils n’ont pas commis. Ils posent dans le lieu qui a changé radicalement leur vie, dans un même geste Taryn Simon mêle la vérité et la fiction. En traquant ce qui semble se cacher derrière l’évidence elle révèle le mauvais usage de la photographie par la justice criminelle américaine. Ce qui me laisse un goût amer et suscite un sentiment d’inquiétante étrangeté… Je pense à une phrase de Francis Picabia, «Le public a besoin d'être violé dans des positions rares ».

Notes

1 : « Dada est idiot. Le véritable dadaïste, il rit, il rit ! » le nom de Dada parut à Zurich en 1916 dans une revue d’allure moderniste, le Cabaret Voltaire, rassemblant poètes et peintres d’avant-garde réfugiés en Suisse.

2 : « Beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces […] et surtout comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! »Isidore Ducasse, Les chants de Maldoror, Bordas, 1970.



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