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ACTUALITE

04/03/2008

En Italique conçoit et anime à la demande des promenades architecturales depuis le Vieux-Port jusqu'aux quartiers d'Arenc et de la Joliette. Contactez-nous pour programmer une nouvelle promenade.

23/09/2000

Dans le cadre d'un cycle de conférence initié par l'ADAPP Ouest Provence intitulé "L'art en mouvement" En Italique vous donne rendez vous une fois par mois d'octobre 2011 à  juin 2012 au cinéma Le Coluche à Istres autour du genre de l'installation.

25/05/2000

En Italique anime des circuits entre les lieux d'exposition, galerie, association, atelier d'artiste, à la demande. La proximité des lieux de diffusion dans l'hyper centre marseillais est propice à la (re)découverte de la vivacité de la création ! Contactez nous pour programmer le circuit qui vous conviendra le mieux.


Archives des Feed Back

Avril 2012

La distance qui nous sépare de L’entreprise compagnie François Cervantes, du 6 au 24 mars 2012 à La friche la Belle de Mai, salle La Cartonnerie.


A la fin d’une journée bien remplie, une fois les lumières éteintes et le silence fait, je me retrouve seul avec moi même. Nul besoin des trois coups traditionnels qui annoncent le début de la représentation avant les premières images du film de ces dernières heures. L’action débute devant mes yeux fermés par les plus proches instants, peut-être parce que ça demande moins d’effort au spectateur - réalisateur ? Lentement mais sûrement les images qui remontent à la surface m’évoquent des événements moins récents. Leur rythme est parfois moins fluide que souhaité et je ne suis pas toujours raccord avec les clichés que j’enjolive. En revanche, j’apprécie la situation qui me rappelle l’existence de ce drôle de lien entre la lenteur et la mémoire, et la vitesse et l’oubli. Lorsque votre pas s’accélère, n’est-ce pas pour oublier ce qui vient de se passer, un peu comme pour prendre de la distance avec quelque chose qui est encore trop proche ? A l’inverse lorsque vous prenez plaisir à traîner les pieds ou à vous promener au hasard et surtout sans hâte n’est-ce pas pour vous souvenir de quelque chose ? [1]
C’est à ce genre de scénario - palimpseste sensible aux superpositions et à la dérive propice à des rencontres au caractère plus intime que quotidien - que la dernière création de la compagnie L’entreprise nous invite. La distance qui nous sépare [2] entraine le spectateur sur un territoire aux contours plutôt vagues, de pays en régions, en passant par la chambre d’un adolescent jusqu’au grenier qui finira par révéler ses secrets. D’événements historiques majeurs en épisodes familiaux, je me laisse chahuter et porter par des histoires distinctes mais pas si distantes. L’absence de décor est vite oubliée grâce au poids des mots et aux récits (re)joués sur scène. Je me dis que c’est bien souvent un sentiment de pesanteur qui signale la traversée d’une épreuve. Certains passages me touchent plus que d’autres évidemment, je ne sais pas pourquoi j’ai attendu aussi longtemps avant de me demander cela ? Quel est l’impact de ce mot sur moi ?
A ce sujet, je pense à un entretien donné par François Cervantes il y a déjà quelques années lors du passage du Voyage de Pénazar au Théâtre Massalia en 2007, « Quand la porte se referme, quand le spectacle commence, s’échange dans l’atmosphère quelque chose de chimique, de charnel. C’est cela, l’acte poétique, ce n’est pas une chose qui a été faite avant et que l’on montre. Cet acte poétique fera ensuite son travail dans les mémoires et les corps, d’une manière que l’on ignore. Ce qui me préoccupe, c’est le rapport entre l’art et la vie ; pas l’art tout seul. C’est une petite résistance sur le fait que l’on essaye de faire de l’art un produit. » Retour en arrière, au tout début de la représentation sur la scène de la Cartonnerie les comédiens se présentent : Catherine Germain, Nicole Choukroun, Dominique Chevalier, Stephan Pastor, Laurent Ziserman. Ils sont debout face à nous, ils ne se regardent pas encore. La distance qui nous sépare à ce moment là est encore forte. Néanmoins la bulle proxémique ne tardera pas à se fissurer... Avant d’être les personnages de cette pièce ce sont d’abord des personnes qui nous parleront d’eux et de leurs trajectoires ou qui feront comme si, face à d’autres personnes, d’autres corps aux origines multiples.
Dans le même entretien Cervantes précise : "l’acte poétique n’est pas une jolie chose que l’on admire et qui embellit la vie… C’est quelque chose qui a des conséquences. Un jeune homme ou une jeune femme qui est vraiment brûlé par un tableau, un poème ou un spectacle, c’est dangereux. Et je pense que se reconnaître dans une communauté qui n’est pas la nôtre, c’est le fondement de l’acte théâtral. Des gens inconnus qui se sont réunis, dans le noir, et qui vivent ensemble quelque chose… Cela peut donner une sorte de brûlure."
Etrange de constater à quel point ce genre de corps à corps rappelle aussi les moments de « solitude généreuse »… Je pense à une sorte de princesse Leia (Amidala Skywalker) qui apparaît subitement sur scène comme pour décrire un parcours contrarié, idem lorsque un grand père hyper dynamique à l’accent yiddish, tournicote dans l’espace malgré la charge de deux sacs encombrants tout en pestant contre cette représentation de son image. N’éprouvons-nous pas les mêmes émotions fulgurantes lorsqu’un sourire se dessine malgré nous sur nos lèvres alors que nous sommes seuls ? C’est la même chose lorsqu’un bref et intense éclat de rire surgit sans prévenir. Toutefois nous nous faisons rarement rire seul, peut être simplement parce que nous nous surprenons difficilement nous-même… Et pourtant ! Nous prenons chaque jour une foule de décisions, laquelle est la bonne, laquelle ne l’est pas ? Nous sommes comme des comédiens qui n’ont jamais répété. Chaque jour nous rapproche de la première qui n’arrivera pas (malgré tout). Alors nous improvisons.

Notes

[1] Lire à ce sujet La lenteur de Milan Kundera.

[2] http://www.compagnie-entreprise.fr/...

 

Mars 2012

Pavillon Noir, Aix-en-Provence, « Tout va bien » de Alain Buffard, vendredi 3 et samedi 4 février 2012.

Je me souviens d’Alain Buffard il y a trois ans sur la scène du Merlan interrompant son spectacle (Not) a love song à cause des rires d’une poignée de jeunes spectateurs au premier rang [1]. Un épisode certainement aussi malheureux pour l’ensemble des personnes présentes, des solistes à l’ensemble des spectateurs en passant par l’équipe du Merlan. Il ne s’agit pas de disserter sur le caractère préjudiciable du geste de l’auteur pour certains ou sur sa nécessité pour d’autres, encore moins de s’interroger après coup sur l’absence de gestion de cette situation par la direction de la scène nationale mais plutôt de se demander si des enseignements ont été tirés de cet épisode par les équipes artistiques et les opérateurs culturels dans la perspective de « l’année capitale » ? Les programmations, les lieux d’expositions, les projets participatifs, les interventions artistiques en milieu urbain s’accumuleront sur l’ensemble du territoire mais que va t-on faire pour favoriser la réception artistique ? Développera-t-on les habituelles lignes budgétaires consacrées aux publics [2] en autre chose afin d’envisager un travail à long terme et une véritable compréhension de la nature et des motivations du public ?

A l’origine de cette madeleine au goût amer il y a Tout va bien un autre spectacle d’Alain Buffard. En tant que spectateur j’ai de nouveau l’impression d’être sur la corde raide, comme si j’étais cueilli par une qualité artistique évidente et une certaine fragilité certainement liée à un jeu entre « fascination et dérision ». Une combinaison assez souvent citée pour qualifier le travail du chorégraphe. Effectivement, les situations et les interprétations se prêtent aux décalages en tout genre sans jamais faire le deuil d’une qualité visuelle : le casque des apprentis soldats ressemble à la coiffe de Mickey Mousse au saut du lit [3], des pieds de micros sont manipulés comme des armes de poing anorexiques, les uniformes sombres des interprètes cachent des sous-vêtements inattendus, assortiments de couleurs, portes jarretelles, bas troués, etc. Un rapide coup d’œil sur le programme salle et je remarque les chansons de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Je constate aussi que dans le film comme dans cette pièce chorégraphique le maniement des armes est assimilé au sexe. Oui mais voilà, lorsque les multiples agendas électroniques communiquent sur le spectacle, la référence à Kubrick est surexploitée ! Je me demande si ce genre de gimmick qui consiste à réduire un geste par un autre est bien utile en l’occurrence ?
Nous assistons avec Kubrick à la transformation d’un groupe de nigauds en un corps de ballet d’assassins grâce à la solide instruction d’un sergent qui ne s’exprime que par des vociférations aussi injurieuses que créatives, mais rien de burlesque. Dans le film il me semble que le thème de la folie (lié ou pas à l’endoctrinement) supplante tous les autres, y compris ceux de l’autoritarisme, des discriminations et même de la guerre du Vietnam. Souvenez vous de la scène qui clôture brutalement l’apprentissage des marines lorsque « baleine », un soldat doux et obèse assis sur les toilettes, fusil-mitrailleur au poing, décide de mettre fin à ses jours après avoir soigneusement garni son chargeur de balles chemisées de métal [4].

En ce qui me concerne si j’apprécie Tout va bien c’est pour d’autres ressorts et d’autres respirations. Imaginez le développement inattendu d’une « photo de famille » en ombre chinoise au rythme du leitmotiv « Kiss my ass » formulé successivement par chaque interprète vers son voisin ou sa voisine qui s’exécute aussi sec ! Autre situation tout aussi surprenante lorsque des chemises volent depuis les coulisses sur la scène vidée du corps des interprètes. Progressivement deux cercles se dessinent, deux disques composés de tissus aussi fragiles que des ronds de fumée. Un instant précieux pour l’instabilité des jets énergiques qui se dissolvent dans l’air et la circularité qui se manifeste matériellement dans la présence des dépouilles au sol. Comment faire pour ne plus tourner en rond ? Puis-je arrêter de répéter ce qui m’empêche d’être moi-même ?
La plasticité de la situation m’évoque l’installation (permanente) de Christian Boltanski au sous-sol du Musée d’art moderne de la ville de Paris, La Réserve du musée des enfants I et II. Nous y découvrons un entassement de vêtements faiblement éclairé. Mille et une présences suggérées par l’accumulation des tissus, des couleurs, des odeurs, mais sans un effort de la part de celui qui regarde il ne subsiste plus aucune existence sous les plis fragiles et c’est l’amnésie qui guette [5].

Notes

[1] www.lamarseillaise.fr

[2] évidemment je ne pense pas à l’accueil du public aussi chaleureux et compétent soit-il, mais à d’autres préoccupations, d’autres savoir-faire et d’autres moyens afin de créer autant de parcours du spectateur que nécessaire sans renier le développement de programmations artistiques cohérentes et exigeantes, mais je rêve…

[3] ou mieux à des chaussures déconfites de la Garde Républicaine Grecque.

[4] Full Metal Jacket désigne justement le bourrage du magasin d’un fusil mitrailleur.

[5] parfois la petite histoire renvoie à la grande.

 

Février 2012

Projection de Paparuda de Monsieur Moo dans le cadre du prochain NICE TO MEET YOU [1] de ZINC le 23 février à 19h à la Friche la Belle de Mai.

D’un certain côté ce feedback se présente de manière assez inhabituelle puisqu’il s’attarde sur une œuvre programmée après la diffusion de cette newsletter ; d’un autre côté entre Monsieur Moo [2] alias Maxime Berthou et Mécènes du Sud c’est déjà une longue histoire. Le collectif d’entreprises mécènes connaît sa démarche artistique pour avoir choisi Monsieur Moo comme lauréat en 2008 et en 2009.

Cette présentation de Paparuda se présentera sous la forme d’une projection, et non pas d’une installation vidéo comme c’était le cas à la Maison Européenne de la Photographie à Paris fin 2011. Ce qui motive ces lignes c’est justement le nouveau format de l’œuvre que nous découvrirons à l’occasion du prochain NICE TOU MEET YOU de ZINC [3]. Une structure qui se présente comme un laboratoire des arts et des cultures numériques, mais qui n’est pas que cela. C’est aussi un lieu d’accueil public ouvert à tous. Situé au cœur de la Friche son activité se singularise justement par son accessibilité : inutile d’acheter une place pour assister à un spectacle ou un pass plutôt coûteux pour suivre un festival, de préférer le skate à la marche, d’être épris de sérigraphie ou de montrer patte blanche pour découvrir un projet artistique. Une sorte d’exception qui me semble encore plus d’actualité aujourd’hui, avec le chantier de la Friche qui touche la tour où sont habituellement accueillis les expositions du cartel [4].
Dans le cas présent, l’ensemencement qui m’occupe est plutôt celui des nuages qui est au cœur de Paparuda. Si vous découvrez ce terme, l’ensemencement est une forme de modification du climat notamment utilisé dans l’agriculture afin d’encourager les nuages à libérer l’eau.
Paparuda échappe aux définitions, à commencer par celle du genre artistique univoque. C’est à la fois un projet artistique au long cours, une performance, une installation vidéo, un documentaire qui prend les allures d’une fiction (à moins que ce ne soit l’inverse) ? C’est aussi une série de questions qui restent sans réponses, compte tenu du vide juridique : à qui appartiennent les nuages ? Faut-il les soumettre à une gestion internationale ? S’ils n’appartiennent à personne, deviennent-ils exploitables à souhait ? Le concept semble suffisamment vif [5] pour susciter les opinions les plus tranchées et susciter la foudre de ses détracteurs ! Pensez par exemple à la nocivité des substances utilisées et à leur impact sur l’environnement…
Je ne m’attarderai pas sur les difficultés inhérentes à la réalisation de ce genre de projet qui nécessite de l’obstination et une bonne dose d’ingéniosité, encore moins sur le doute que suscite sa réception chez le spectateur. Est-ce effectivement arrivé ou pas ? Le beau est encore bien trop souvent associé au vrai ! Difficile de battre en brèche nos inclinations esthétiques surtout lorsqu’elles sont vieilles comme le monde.
Quel est l’objet du film Paparuda, révéler le réel ou l’imaginer ? Approfondir notre compréhension du réel ou permettre de s’en évader ? Evidemment ce serait bien commode d’opposer ainsi le documentaire et la fiction, mais ce serait simplement oublier que l’enregistrement du réel implique des choix, des événements qui restent hors-champ, des axes de caméra choisis, un travail de montage, etc. Paparuda est bien loin de n’être qu’un reflet symétrique de la réalité. Il suffit de remarquer la picturalité de certaines scènes, la façon dont la caméra évite le visage de Monsieur MOO [6], comment la recomposition du temps et de l’espace laisse une impression de fluidité, presque de simplicité. Je retiens la scène du gonflement des ballons qui achemineront le précieux catalyseur jusqu’aux nuages, surtout lorsque le cadre insiste sur les mains de l’artiste qui donne vie aux ballons jusque là inertes. Ici, le souffle créateur est remplacé par de l’hélium et le travail remplace l’inspiration. Je pense tout de même à l’antiquité et aux muses qui délivrent l’inspiration artistique de manière complètement hasardeuse. À l’époque l’inspiration est un don divin et en l’absence de la notion d’auteur, c’est grâce à une forme de possession qui provoque une perte momentanée de la raison, que l’expiration de l’inspiration se manifeste. L’artiste ne possède donc pas son art ou sa tekhnè, il n’est même plus sujet mais objet d’une puissance extérieure assez capricieuse. Voilà un souffle divin qui ne se maitrise pas, qui me fait penser à la difficulté de prévoir l’évolution des nuages ainsi qu’aux contraintes avec lesquelles il faut bien composer pour réaliser une telle œuvre. Comme aurait pu dire Kurt Schwitters « Tout ce que lâche l’artiste, c’est de l’art ! » [7]… Surtout lorsqu’il souhaite faire la pluie et le beau temps.

Notes

[1] NICE TOU MEET YOU ou NTMY est un rendez-vous public proposé par ZINC autour d’une œuvre. Ce n’est pas qu’une « simple » projection. Disons qu’il s’agit de mettre des mots sur un geste ou une production artistique afin de stimuler le partage d’opinions.

[2] Monsieur MOO et Mécènes du Sud :
www.mecenesdusud.fr
www.mecenesdusud.fr/blog/

[3] ZINC (Zone d’Intervention Numérique Culturel) est situé à la Friche la Belle de Mai. www.lafriche.org

[4] www.cartel-artcontemporain.fr

[5] Paparuda fait référence à un incident géopolitique survenu en 1949 entre le Canada et les Etats-Unis. Afin de mettre fin à une époque de sécheresse les USA avaient ensemencé des nuages qui se déplaçaient vers le Canada.

[6] Une sorte d’anonymat qui met l’accent sur l’acte de créer. Cette absence volontaire et décisive de l’auteur me fait penser à Piero Manzoni lorsqu’il s’efface au profit de son geste. C’est encore le cas avec Le Souffle de l’artiste, un ballon gonflé par Manzoni, une sorte de corps d’air qui évoque l’anima de l’artiste et rappelle le souffle de la vie tout en retournant l’inspiration en expiration.

[7] La phrase exacte de Kurt Schwitters qui résonne encore comme un programme artistique c’est « Tout ce qu’un artiste crache, c’est de l’art. »

 

Janvier 2012

« EXPOSITION UNIVERSELLE » DE RACHID OURAMDANE

Dans le cadre de la clôture du Festival Dansem le 9 décembre au Théâtre La Minoterie

Exposition Universelle, c’est Rachid Ouramdane chorégraphe et danseur et Jean-Baptiste Julien compositeur et interprète. Ce n’est pourtant pas vraiment un duo ni tout à fait un solo chorégraphique mais bien plus encore que cela. Ne vous arrêtez pas à leur présence sur la scène, elle n’indique pas tout à fait la somme de regards ou de collaborations et encore moins le dialogue sensible que ce genre de création sollicite. Un décor épuré d’un noir mat presque hostile, une perche avec des poids et une lumière, un podium et encore d’autres objets qui en disent long sur ce qui va se passer comme ce métronome mécanique tic-tac, tic-tac… Un tempo qui transpire déjà une forme d’autorité.

Debout sur un podium mobile, le danseur se tient au garde-à-vous avant de tourner sur lui même telle une sculpture vivante. Le visage impassible, imperturbable, je pense rapidement à Gilbert et Georges et à leur célèbre performance des années 70 « The Singing Sculpture » où perchés sur une table, recouverts de peinture dorée, ils miment une chanson. La comparaison ne dure pas longtemps, sur la scène de la Minoterie un homme vêtu de noir dans un costume presque trop serré n’a visiblement pas grand-chose à voir avec l’humour pince-sans-rire du couple d’artistes britanniques. On se rapprocherait plutôt d’une sorte de corps – machine. Lorsqu’il touche le sol pour se mettre en mouvement c’est d’abord pour agiter les bras presque mécaniquement, on pense spontanément aux figures corporelles dictées lors des cérémonies officielles. Exposition Universelle souligne à quel point ce sont les mêmes catégories esthétiques qui sont exploitées (ordre, harmonie, symétrie) lorsque l’art se met au service d’un courant de pensée, Réalisme socialiste, Futurisme, Constructivisme etc. Le poing levé, encagoulé, ses mouvements (re)jouent et développent une somme d’attitudes commandées par diverses idéologies, d’une extrême à l’autre, jusqu’aux plus pernicieuses comme celle du grand rêve consumériste. Je pense à la réponse aux défis auxquels sont confrontés les marques ou certains producteurs qui, pour rendre un produit ou une personne tendance, vont réussir l’impossible en étiquetant l’impalpable, ce n’est pas facile, mais pas impossible avec beaucoup de communication et d’image [1]…

On a l’habitude de lire ou d’entendre dire que le projet artistique de Rachid Ouramdane se situe aux frontières du documentaire. Le recueil de témoignages, le travail en collaboration avec des documentaristes, les résidences… autant de méthodes et de formes qui ne suffisent pas à nommer la qualité de ce travail qui ne s’arrête justement pas à de l’investigation. Car, en fin de compte, on est loin d’assister à la répétition de quelque chose qui ce serait passé sans pour autant perdre pied complètement avec cette réalité qui, par nature, reste soumise au mouvement.  Faisons l’hypothèse que, pour cet artiste, quelque part, LA mémoire ça n’existe pas, et que, pour cette raison, il inscrit son geste artistique dans un processus qui lui permet de rentrer dans une construction historique. Disons simplement qu’il s’agit de faire histoire dans le présent.

Exposition Universelle, c’est une création qui est aussi une sorte de chronique et qui n’évite pas d’inspirer la douleur des grandes tragédies historiques. Encore du politique mais à l’échelle individuelle et intime, dans quelle mesure suis-je affecté par des idéologies, comment se logent-elles dans mon corps ?
C’est aussi une interprétation qui se conjugue au pluriel et qui stabylosse la vacuité des signes censés faire autorité afin de symboliser une identité nationale ou un système. Souvenons nous du principe qui gouverne une exposition universelle où les pavillons nationaux incarnent avec emphase la culture officielle des pays pour apprécier un autre point de vue, une version de l’histoire qui reste difficile à cerner mais qui est beaucoup plus en phase avec nos vécus [2].

S’intéresser au point de vue c’est prendre en considération celui qui regarde l’œuvre et celle-ci assume le trouble de n’offrir aucun point de vue en particulier. Il faut faire un effort de concentration, accepter peut-être de se faire violence à soi même pour s’extraire des versions officielles et des objets fascinatoires… Dernière image, celle du visage de Rachid Ouramdane grimé de bleu, blanc, rouge, dans un parfait style camouflage qui exprime encore l’idée d’une violence sourde bien présente, depuis longtemps. Un détournement qui dit aussi que les symboles ne sont vraiment pas farouches !

Notes

[1] Comme le souligne Yves Michaud dans « L’Art à l’état gazeux, essai sur le triomphe de l’esthétique », Paris, Éditions Stock, 2003, « A la transformation de l’art en gaz répond l’évanescence de l’expérience, une expérience qui doit être encadrée de rituels forts pour être identifiable, c’est à dire pour que l’on sache qu’il y a expérience ».

[2] Autre exemple remarquable avec L’ordre et la morale le dernier film de Mathieu Kassovitz sorti au mois de novembre 2011.

 

Décembre 2011

ANDROMAKERS AU CABARET ALÉATOIRE Retour sur le concert goûter du mercredi 16 novembre

Pénombre et fumée, cris et lumières. Sur la scène je distingue des instruments, dans la salle du Cabaret Aléatoire ça piaffe, bouge, chahute, ça vibre déjà. Une voix traverse la salle, miracle de la sono, il s’agit du énième [1] Concert goûter [2] de la saison. Après le traditionnel jeu de questions réponses orchestré par Matéo et Gantelmi, puis quelques exercices ludiques performés avec la complicité de la technique, la foule lilliputienne scande le nom du groupe, « Andromakers ! ». C’est un peu timide aujourd’hui mais ça marche, « le concert des grands pour les petits » peut commencer. Comment définir un concert goûter ? Imaginez quelque chose entre le concert, la résidence de création et le showcase [3]. Puis rajoutez à la prise de risque inhérente au travail artistique, la formulation d’une adresse précise : un concert pour les 5-10 ans et leurs « accompagnateurs » [4]. Pendant quelques minutes, j’oublie l’image d’« enclave culturelle », le projet de jumelage [5] entre des acteurs de la Friche et des habitants du quartier St Mauront Belle de Mai m’apparaît plus clairement.

Chaque concert est ponctué d’un goûter, il faut bien reprendre des forces après… C’est un moment qui peut paraître anecdotique mais qui exprime à quel point il s’agit d’interpeller les sens de ce public. Cette économie du corps se traduit évidemment par une expérience cathartique qui commence dès la découverte de la salle de concert pour se développer progressivement. Exemple avec la présentation pédagogique et ludique des aspects techniques : « A quoi sert la fumée lors d’un concert ? A rendre visible l’invisible, la lumière ». Simple et efficace sans pour autant minorer la magie de l’instant. Avec la musique de ce duo qui balance entre sonorités vintage et influences électro je ne résiste pas aux questions faciles : quel est le poids du passé lorsqu’on a 5 ans à peine ? Peut-on parler de nostalgie déjà ? Comment éprouve-t-on ces sonorités qui évoquent chez les adultes des moments qu’ils ne retrouveront jamais ?

Avec la présence des corps (de la scène à la salle) qui s’agitent, s’immobilisent ou qui restent en contact, difficile de ne pas penser à la parentalité, à la transmission et à tout autre chose encore comme à la manière dont on devient « public ». Il y a vraiment quelque chose de frais dans cette situation, quelque chose qui nous éloigne d’une diffusion « old school ». Aujourd’hui l’offre culturelle se manifeste par une évidente densité des lieux et des programmations, difficile d’y « échapper » quelles que soient nos pratiques culturelles. Le paradoxe c’est que cela ne signifie pas qu’il y a de plus en plus de monde dans les salles de concert, les musées... Ce n’est toujours pas n’importe qui, qui achète son pass pour l’année à Beaubourg et qui va de plus en plus au musée. Ceux qui restent à l’extérieur pour contempler l’ossature multicolore du mastodonte culturel n’y rentrent toujours pas, pire encore, ils fréquentent même de moins en moins la piazza, pour rester sur cette image capitale ! La diffusion qui rejoue des relations bien précises entre les publics et les œuvres se révèle-t-elle efficiente ?

Après avoir pensé principalement à la quantité, peut-on s’attarder sur la qualité ? J’observe simplement à quel point de « nouvelles » relations aux publics activées par différents auteurs et acteurs culturels trouvent un écho favorable. Je pense aux diverses formes de balades, aux expériences participatives, ainsi qu’à ceux qui travaillent dans les interstices. Ceux qui cherchent l’hybridation, le mélange des genres et des périodes. Mais ces propositions sont assez rares. Elles nécessitent souvent du temps. Elles impliquent des processus qui se traduisent par une vraie prise en compte de l’autre, de ses rythmes et pas simplement de ses inclinations esthétiques ou de ses goûts. D’ailleurs, ces propositions échappent aux évaluations qui focalisent sur le nombre [6]. Les freins relatifs au montage de ce genre de projet sont légion : hypocrisie, électoralisme, désengagement social, artistique, culturel, rentabilité à court terme, démagogie… Un projet culturel doit être efficace, or « l’Art et la Culture c’est du temps long ! ». D’accord, Mona Lisa sourit à tout le monde mais n’oublions pas que personne n’appréhende ce sourire de la même manière… Croire dans le caractère universel d’une œuvre ne s’oppose pas à la prise en considération de nos particularités. De la diffusion à autre chose.

Notes

[1] A suivre le mercredi 7 décembre à 15h au Cabaret Aléatoire, Sound, vision & sucré-salé. Markovo & Olivier Lubeck
Samedi 10 décembre à 15h au Tandem à Toulon, Galette de hip funk (vol 3). Dj Djel, Matéo & Gantelmi. Dans le cadre du Z Festival, proposition du Pôle Jeune Public. Entrée libre sur réservation au 04 95 04 96 12

[2] Un concert gouter résulte d’une collaboration entre trois structures : Système Friche Théâtre, le Cabaret Aléatoire et Co-opérative

[3] Si vous assistez à ce genre de concert privé soit vous connaissez quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît… soit vous êtes journaliste, pour faire simple.

[4] Animateurs, parents, adultes qui tournent en rond ou qui sont désorientés par la signalétique frichienne.

[5] Le jumelage est un dispositif permettant la mise en place de projets autour de pratiques artistiques et de la relation aux œuvres, à destination des enfants, des parents et des habitants du quartier St Mauront Belle de Mai. Ces propositions, cohérentes à l’échelle du territoire, résultent d’un travail entre enseignants, acteurs socioculturels et artistes de la Friche.

[6] Ou à de savantes équations du style : coût de l’opération / nombre de personnes visées = !

 

Novembre 2011

CHÂTEAU LA COSTE ART CENTRE - PROMENADE ART & ARCHITECTURE

La toute première fois évidemment ça fait quelque chose ! On y pense avant, souvent, longtemps. Drôle de sentiment tyrannique. Certains s’y préparent avec imagination, d’autres préfèrent jouer la carte de la surprise. Mais c’est toujours la même chose devant l’inconnu, quelque chose se passe à l’intérieur, entre la tête et le ventre. La première fois suscite de l’émotion ! Personne ne reste indifférent devant cet embrayeur à souvenirs. Premières fois à ressasser ou expériences à oublier. Premières fois à conserver secrètement ou matière à bomber le torse pour certain(e)s. Evidemment, on ne sait pas pourquoi mais l’expression exprime à coup sur la première relation sexuelle. Ce n’est pourtant pas le sujet ! A quelques minutes du centre d’Aix-en-Provence entre les bois, les collines et les oliviers, se niche le domaine Château La Coste [1] au Puy-Sainte-Réparade. Entre les vignes un bâtiment aux lignes épurées épouse l’alignement des ceps... L’auteur de cet objet pensé comme un dessin c’est l’architecte japonais Tadao Ando. Depuis certains points de vue, les lignes de l’édifice se fondent dans l’environnement, mieux elles expriment une forme de communion réjouissante avec le paysage que viennent seulement « stabylosser » celles de la structure voisine de Frank Gehry. Un pavillon consacré à la musique en bois et en verre d’une belle hauteur. Audacieux et intimidant au premier regard il se révèle lui aussi extrêmement agréable à l’usage.

Que l’on soit fan du « Less is more » et d’une économie des formes ou au contraire des espaces disloqués et des volumes imbriqués, il y a de l’élégance dans ces deux gestes. Avis aux minimalistes comme aux amateurs de formes asymétrique ! Autre point commun d’importance, la façon dont les espaces extérieurs semblent prolonger les espaces intérieurs. Dedans, dehors. Intérieur, extérieur. Tout concourt à la circulation des corps et des regards. C’est en marchant, en se déplaçant qu’apparaissent les événements architecturaux et que l’on s’approprie les formes. La « promenade architecturale » [2] de Le Corbusier n’est pas très loin de nous (au sens propre comme au figuré, un tour du côté de la cafétéria s’impose), c’est une expérience dynamique.
Devant l’entrée du bâtiment, au milieu d’un bassin, siège une prédatrice aux longues pattes noueuses. Occupante des coins et des recoins habituellement cachés du regard, une araignée… de Louise Bourgeois [3] parade. On regarde de loin, mais on ne s’approche pas, le monstre [4] s’exhibe pour mieux jouer avec son propre reflet mais reste inaccessible. Premier amour maternel et premiers dilemmes, rester c’est être protégé mais pour combien de temps ? Partir, fuir c’est risquer de s’engluer dans sa toile… Un amour bien trop envahissant, dévorant parfois ! Le monstre de bronze de Louise Bourgeois exprime bien cette angoisse liée aux peurs inconscientes ou enfantines mais qui se transforment en plaisir esthétique.

Autour du domaine, Jean-Hubert Martin réalise un parc de sculptures à ciel ouvert qui invite à la marche. Les œuvres des artistes et des architectes se laisse découvrir au détour d’un chemin, une œuvre se camoufle parfois entre deux buttes, une autre attrape la lumière et sert de point de mire au parcours. Ailleurs les lourdes plaques d’acier corten auto-oxydant de Richard Serra sont littéralement fichées dans la terre. Comme une sorte de monument inattendu. Une impression d’insécurité, de danger même flotte à quelques mètres de l’œuvre, rien à voir avec l’effet que suscite la distance. En se situant au dessus d’elle, à quelques mètres à peine, la dureté cède le pas à la délicatesse. Les plaques se muent en douces virgules. Loin des premières tensions après l’étouffement ou l’écrasement quelque chose se passe... Une sensation de velours chez celui ou celle qui prendra le temps...

Je décide de ne surtout pas réduire la qualité de l’initiative à une sorte de name droping [5] particulièrement à la mode en ce moment. Mais comment partager cette première fois sans trop en dire ? Comment éviter l’habituelle prise de parole qui se contente de rajouter quelque chose à un flux déjà encombré et encombrant ?

Ouvert depuis juin 2011, ce domaine qui est la propriété de l’homme d’affaires irlandais, Patrick Mckillen n’est pas achevé à ce jour, pour l’instant pas de foule, pas de guide, une billetterie hasardeuse... A visiter déjà un chai de vinification construit par le cabinet Jean Nouvel et, à venir, des édifices de Norman Foster, Renzo Piano avec un ensemble hôtelier, un restaurant, un spa… ainsi que de nombreuses autres installations d’artistes. Progressivement la propriété provençale se mue en centre d’art. Evidemment le dialogue entre la nature et l’histoire de l’art n’est pas une chose nouvelle mais quelque chose d’inédit se passe ici, ah les premières fois !

Notes

[1] Château la Coste, 
2750 Route de la Cride
, 13610 Le Puy Sainte Réparade
ouvert toute l’année 7j/7 de 10 h à 19 h
http://www.chateau-la-coste.com

[2] « On entre, on marche, on regarde en marchant, et les formes s’expliquent, se développent, se combinent ». Oublions le point fixe central, idéal, « ça c’est l’architecture des écoles, des académies… c’est la mort de l’architecture, sa pétrification. » Le Corbusier de Maurice Besset

[3] « L’Amie (l’araignée, pourquoi l’araignée ?). Parce que ma meilleure amie était ma mère et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable, qu’une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même » citée par Marie-Laure Bernadac, in Louise Bourgeois

[4] Entre le monstre et la monstration, une origine commune, ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène que l’on montrait dans les foires ou les cirques dixit Wikipédia.

[5] Figure de style top tendance. Simple d’utilisation le procédé cumule les avantages et les effets redoutables : impressionner ses interlocuteurs, asseoir une autorité, valider un budget prévisionnel exagéré, éviter de parler du reste (au détriment de l’action culturelle et des publics souvent) etc.

 



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