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ACTUALITE

04/03/2008

En Italique conçoit et anime à la demande des promenades architecturales depuis le Vieux-Port jusqu'aux quartiers d'Arenc et de la Joliette. Contactez-nous pour programmer une nouvelle promenade.

23/09/2000

Dans le cadre d'un cycle de conférence initié par l'ADAPP Ouest Provence intitulé "L'art en mouvement" En Italique vous donne rendez vous une fois par mois d'octobre 2011 à  juin 2012 au cinéma Le Coluche à Istres autour du genre de l'installation.

25/05/2000

En Italique anime des circuits entre les lieux d'exposition, galerie, association, atelier d'artiste, à la demande. La proximité des lieux de diffusion dans l'hyper centre marseillais est propice à la (re)découverte de la vivacité de la création ! Contactez nous pour programmer le circuit qui vous conviendra le mieux.


Archives des Feed Back

 

La dernière campagne de promotion municipale "Tous bénévoles !" 

 

 

 

 

 

  

Octobre 2012

TOUS BÉNÉVOLES ! ET L’AVANT PREMIÈRE DE CUBE / CHRISTIAN UBL, BLACKSOUL - WHITESPACE : TRAVERSÉE À KLAP, MAISON POUR LA DANSE – KELEMENIS & CIE

Nous traversons tous à un moment ou un autre un moment de solitude. Exemple dans un train à grande vitesse qui file vers la capitale, mis à part un nourrisson qui s’exprime comme il peut, quelques allées et venues en direction de la voiture restaurant, silence. Chaque passager reste confiné dans son salon multimédia nomade. Un rapide coup d’œil suffit à vérifier la forte densité d’écrans au mètre carré : tablette numérique, ordinateur portable, smartphone, etc. A la rencontre avec celui ou celle que je ne connais pas, je préfère mon clavier ou mon écran tactile. Un genre de contact qui laisse penser que nous pourrions tout accepter des autres, pourvu qu’ils restent à distance. Ne sommes nous pas aussi « fortement communiquant » que « faiblement rencontrant » [1] ?
C’est avec ce genre de remarque en tête que je tombe sur la campagne d’affichage « Tous bénévoles ! ». Vous avez certainement vu ces hommes et ces femmes de tous âges qui incarnent une « mobilisation générale » ? Ils posent seul ou à deux, parfois à trois, sourire aux lèvres, regard braqué vers l’objectif, en tenue de travail ou surlookés. Il s’agit de portraits en pied, la plupart du temps. Nous sommes évidemment à mille lieux du travail des grands portraitistes. Ce n’est pas le sujet et encore moins l’objet de ces clichés qui ne se donnent pas vraiment les moyens de susciter cette sorte d’effet miroir qui capte l’attention. Finalement le regard bute sur les poses des mannequins qui singent nos manières d’être en ville. Nous découvrons des gens non pas tels qu’ils sont, mais tels que l’annonceur souhaite les voir. Il s’agit ni plus ni moins de réunir un millier de marseillais prêt à devenir bénévole pour Marseille 2013 [2]. Aucun domaine n’est épargné et toutes les compétences sont les bienvenues [3]. Actif ou non, étudiant ou retraité, tout le monde est admissible, il suffit d’être âgé de plus de 18 ans, précise la communication. Cela tombe bien dans une ville où les deux tiers d’actifs sont fonctionnaires, où plus de 20 % d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, où le taux de chômage flirte avec les 15 % et dans un département où le nombre de personnes qui vivent avec les minima sociaux dépasse aujourd’hui le nombre de places du stade vélodrome. Voici une campagne municipale qui ferme les yeux sur les dures réalités de la Cité [4]. Elle ignore aussi bien les chiffres du chômage que les effets de l’individualisme et de la compétition, sans parler de la précarisation des métiers de l’art et de la culture.
Ce qui m’intrigue le plus c’est la confusion que ce message est susceptible d’entrainer autour du bénévolat. A défaut d’être le gage de réussite d’une manifestation populaire, l’appel à participation est devenu une méthode quasi systématique lorsque les solutions manquent pour financer les objectifs annoncés. Pourtant à Marseille le dynamisme du tissu associatif n’est pas un vain mot et il entraine dans son sillage des bénévoles qui sont aussi des artistes, des acteurs culturels, des animateurs sociaux, des habitants qui développent des actions collectives qu’il s’agisse d’acte désintéressé par la force des choses, par militantisme ou pour d’autres raisons. Je pense à la Compagnie CUBe accueillie par KLAP [5] que j’ai eu l’occasion de rencontrer avec plusieurs personnes lors d’une ouverture exceptionnelle de la Maison pour la danse à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine. Cela peut paraître banal mais la qualité de l’accueil, la simplicité avec laquelle il a pris forme me semble aussi appréciable qu’un autre geste. Ne participe-t-il pas à sa manière au vivre ensemble dont les programmes culturels soulignent l’urgence ? Avant d’assister à l’avant première, je retiens la manière dont cette structure ouvre ses portes aux habitants, ainsi que la sensibilité du chorégraphe Christian Ubl vis à vis du contexte [6]. Le diptyque proposé quant à lui ne manque pas de qualité à commencer par ces étranges mobiles transpercés par la lumière qui semblent hésiter entre la pesanteur du sol et la légèreté d’un souffle. Je néglige assez rapidement le caractère très clivé des tableaux pour éprouver des sensations plus fugaces, des sentiments mêlés, forcément plus complexe. C’est toujours dur de mettre des mots sur ce qui est en train de se consumer et qui change, quelque chose échappe au verbe « être ». Je pense particulièrement aux mouvements au sol du premier tableau et du second marqué par une interprétation étincelante, au sens propre comme au figuré. Surtout lorsque la soliste adopte les poses de la statuaire antique puis virevolte tout en décomposant ses gestes sur le troisième mouvement de Claire de Lune de Beethoven avant le noir soudain. Clap de fin !

Notes

[1] « Ce néo individualisme se vit comme extraordinairement communicant, mais c’est au prix de vider la communication de sa substance : la rencontre avec l’autre, la rencontre avec un univers qu’on n’a pas forcément choisi, la confrontation avec une surprise. » Lire à ce sujet, L’utopie de la communication : Le mythe du « village planétaire » de Philippe Breton, 2004.

[2] « Marseille Provence capitale européenne de la culture sera, c’est une certitude, un succès. Un succès collectif. A l’image de ce qui s’est fait pour la Coupe de Monde de football, de la coupe du Monde de rugby ou du Forum mondial de l’Eau, les Marseillais se sont toujours mobilisés pour les grands évènements de leur ville. En 2013, il s’agit donc de mettre en scène et de réaliser une année exceptionnelle en terme de mobilisation et de participation citoyenne. Après avoir investi quelque 600 millions d’euros pour bâtir et rénover de nombreux équipements culturels, la ville mobilise les Marseillais pour les associer au succès d’une année Capitale ».
Renaud Muselier dans le cadre de ses fonctions de Délégué spécial pour la préparation de l’année 2013.
www.marseille.fr/siteculture

[3] Accueil, communication, presse, relations publiques, informatique, ressources humaines, santé, secours, sécurité, traduction, interprétariat, transport, etc.

[4] A lire sur le blog de Marsactu
www.marsactu.fr/culture-2013/marseille-2013-tous-exploites

[5] www.kelemenis.fr

[6] Le programme salle précise, « Concrètement, il ouvre le studio à des amateurs qu’il amène progressivement à la constitution d’une scénographie vivante le jour de la représentation »

 

Grégoire Alexandre. Rencontres d’Arles, 2012. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Septembre 2012

FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA PHOTOGRAPHIE | LES RENCONTRES D’ARLES 2012

Cette année les Rencontres d’Arles célèbrent leur trentenaire, âge de raison ou pas, l’occasion de faire une mise au point sur son impact et quelques-uns de ses acteurs. Cette édition 2012 réunit donc trois photographes fondateurs de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, une sélection de photographes et des collections présentées par des commissaires d’expositions diplômés de l’école. Ce casting ne serait pas complet sans la présence de plusieurs responsables d’écoles, de leurs invités et d’artistes étrangers ayant choisi la France pour exprimer leur talent.


Avant de visiter les expositions individuelles, muni de l’habituel dépliant [1] je me dirige d’abord vers le « corps de la mode », comprenez l’exposition réalisée en collaboration avec le musée Galliera, le musée de la Mode de la Ville de Paris. Après l’indispensable passage aux caisses, toujours aussi renversant pour une seule visite par lieu d’exposition et pour une seule journée, je me plonge dans ce corpus photographique qui montre pour commencer que le corps du mannequin est un produit façonné pour séduire avant de faire l’objet d’une montée en singularité, et finir par endosser l’aura prestigieuse de la muse ou de l’icône. Du cintre plutôt fade au top model star en passant par la fille d’à côté, ce qui perce progressivement derrière l’image plus ou moins lisse du mannequin, ce sont les tensions inhérentes à cette industrie de la mode. Il est question de création, c’est certain, mais ne s’agit-il pas aussi de produire de l’image et de faire comme s’il s’agissait de la réalité, dans une société où tout est fait pour vendre ?
Nous sommes passés du modèle aux images modèles. Je pense spontanément aux séries de photos de paysages ou de monuments de Fischli et Weiss [2] volontairement kitch et stéréotypées. Ces images nous habitent, du fait de leur ressassement elles fonctionnent comme des archétypes et le photographe amateur les reproduira à son tour, encore et encore. À ce sujet vous remarquerez que les Rencontres d’Arles comme beaucoup de festivals inspirent un nombre remarquable de photographes spontanés au mètre carré… Hélas, cette pratique qui consiste à photographier une photographie me ramène toujours à une posture Warholienne. Même si je suis d’accord avec ceux qui considèrent que le fait de pratiquer une activité amateur et celui de « consommer » les œuvres d’artistes professionnels sont deux formes complémentaires d’un même intérêt ou d’une même passion, il me semble qu’avec une image d’image, le vide finit toujours par pointer son nez à un moment ou un autre.


Rien à voir avec les mises en scènes de Grégoire Alexandre [3] à l’Église des Trinitaires où l’espace vide du studio est vraiment plus propice à la création qu’à la simple simulation ou à la (re)production d’images. Le photographe exploite tout ce qui permet de modeler la lumière, scotch, papier, bras magiques, pied girafe, parapluies, mais surtout il intègre dans le champ de ses créations visuelles ingénieuses et élégantes, ces acteurs de la lumière qui sont habituellement condamnés à rester dans l’ombre, loin du cadre. Dans ses compositions chaque détail compte et participe à l’invention d’un récit qui valorise le mannequin ou l’objet qui s’en trouve sublimé. Restons sensibles à ce genre de mises en scène aux accents poétiques pour apprécier la série « Past Forward » (fuite en avant du passé) de Vincent Fournier [4] dans la Grande Halle. Au début j’hésite, et pour cause, est-ce une série d’images au caractère documentaire sur l’aventure spatiale ou autre chose ? Le piétinement facilitant le doute, je me laisse surprendre par la qualité des situations élaborées par le photographe qui nous transporte au cœur du domaine scientifique : il est question de robotique, de biologie synthétique, de conquête spatiale. C’est drôle et angoissant car il y a de l’inattendu dans ces spéculations visuelles qui flirtent avec notre curiosité à l’égard de ces temples contemporains et inaccessibles. En manipulant le documentaire et la fiction, le vivant et l’artificiel, Vincent Fournier nous rappelle qu’il n’est (toujours) pas possible de réduire la nature à ce que les mathématiques peuvent en dire ! Pas très loin, à l’Atelier des Forges, il est encore question de corps et d’enveloppe avec la série « Smile forever » d’Olivier Metzgerwww.oliviermetzger.com/smile-forever dont l’écriture photographique me semble parfaitement souligner les désirs du mannequin [5], rester séduisante sans tomber dans l’écueil des manipulations et attirer les feux de la rampe. L’ambiance créée résulte d’un véritable souci de la lumière, de l’espace et du vide qui joue pleinement son rôle : nous donner à imaginer !

Une école française • du 2 juillet au 23 septembre 2012 • tous les jours de 10h à 20h • 3,5 euros à 35 euros.

Notes
[1] Étrange comme ce document ne me semble vraiment utile qu’après coup, autant dire que ce n’est pas sa qualité ergonomique qui prime.
www.rencontres-arles.com/A11/Home

[2] À (re)voir cette invasion de Pyramides, de Tour Eiffel, de montagnes suisses, de déserts, de couchers de soleil, etc. avec leur série « Visible World » qui comporte 3000 clichés pris entre 1987 et 2001 pendant quinze ans de voyages.

[3] www.gregoirealexandre.com

[4] consultez la rubrique : space project du site de Vincent Fournier, www.vincentfournier.co.uk

[5] en l’occurrence il s’agit de Tanya Drouginska, ex mannequin et femme d’affaires qui souhaite aujourd’hui devenir comédienne. C’est anecdotique mais je ne peux pas m’empêcher de penser que la série d’Olivier Metzger confère une seconde vie à Laura Palmer, la jolie lycéenne connue et aimée de tous qui brille par sa disparition dans la fiction Twin Peaks.

 

Le Minautore, 2012, Beetroot. Musée Bénaki, Athènes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juillet 2012 

« THE GREEK MONSTERS » PAR BEETROOT DU 26 AVRIL AU 29 JUILLET 2012, BENAKI MUSEUM - PEIRAIOS BUILDING, 138 RUE PIREOS, ATHÈNES.

Alors que le doute se développe sur la capacité de la Grèce à gérer la crise et à rester dans la zone euro je vous propose une pause avant le traditionnel départ de la course aux festivals. Profitons de ce feedback pour changer d’air avant de songer à ce qui nous attend, dès la rentrée prochaine avec une actualité culturelle censée s’accélérer jusqu’en 2013. Une image en chasse une autre, commençons par les monstres de la mythologie grecque qui se prennent pour les vedettes de l’exposition The Greek Monsters programmée dans le nouveau bâtiment du Musée Benaki. Un musée plutôt agréable planté dans un drôle de quartier présenté comme l’un des axes de développement centraux d’Athènes où fleurissent des constructions récentes désertées avant même d’avoir été utilisées ! Ce qui demeure de ces ambitions mort-nées : quelques berlines haut de gamme et une concentration de cafés concerts indiquant que la vie s’est tout de même installée ici. Le jour, en revanche, le temps y semble comme suspendu, tout comme l’application du plan de rigueur en raison de divergences politiques que le dernier scrutin législatif grec était supposé régler.
Après une virée internationale, Singapour, Essen, Helsinki, etc. les créatures de cette exposition rentrent à la maison pour ainsi dire sous l’apparence de sculptures, fresques, installations et autres dispositifs numériques. Difficile de ne pas se sentir à la fois charmé et chez soi dans ce bain aux accents mythologiques où trônent des monstres qui ne sont pas si monstrueux finalement. A commencer par la simplicité réjouissante de leur dress code, noir ébène et orange tendance, un couple de couleurs judicieusement exploité par aplats pour habiller des silhouettes aux courbes douces. Voici sans aucun doute des formes susceptibles d’enchanter aussi bien les petits monstres que les grands. J’ai très vite l’impression de découvrir pour la première fois ces mythes pourtant fondateurs grâce à l’humour et l’inventivité rafraichissante des auteurs, le groupe de designers Beetroot [1]. Chaque idole est accompagnée d’un tag (flashcode) et d’un texte poétique qui soulignent aussi bien leur caractère polysémique que leurs qualités symboliques. Une manière plutôt (re)créative de répondre à la représentation médiatique du mal socio-économique dont souffre la Grèce contemporaine.


En parlant de réputation et d’héritage culturel, je pense spontanément à notre cité installée initialement sur trois buttes à proximité d’une calanque. Massalia, c’est d’abord une vieille ville qui domine un port aussi étroit qu’il est abrité, une ville acropole. Depuis sa fondation Marseille est de la mer, toute entière tournée vers l’Est où le soleil se lève, vers l’Orient, l’Asie Mineure. C’est bien la mer qui introduit la dimension de l’au-delà à cette ville, même si elle n’est pas toujours visible. Lorsque les phocéens débarquent [2], ils sont à la fois marchands, pirates et trafiquants mais ils apportent aussi la vigne, l’olivier, les poèmes d’Homère, l’ordre, la raison et l’harmonie. Pendant des siècles, Marseille c’est en quelque sorte l’Athènes des Gaules, une sorte d’avant poste de la civilisation [3].
Par la suite alors que l’Europe commence à se penser comme universelle, croyant que tout ce qui n’est pas d’elle n’est que barbarie, un courant se renverse. Marseille est toujours un port, une terre de départ et d’arrivée mais c’est à ce moment que la ville acquiert cette mauvaise réputation qui lui colle toujours à la peau. Comment rester au contact de l’Autre sans courir le risque d’un changement ?
Le projet de Marseille Provence Capitale européenne de la Culture n’ignore pas cela, bien entendu, mais au moment où se multiplient les initiatives alternatives : Marseille Off 2013, Marseille Provence 2013 Out, Marseille Provence Alter Off, etc [4], la question me semble encore plus claire. Comment seront valorisés notre patrimoine culturel et nos racines communes avec les Suds ? Avec de l’image bien comme il faut ? Ou privilégierons-nous l’entre deux, le désordre des sens, le barbaresque qui caractérise Marseille ? Pour tenter une comparaison il suffit de constater comment les monuments antiques et gothiques de la ville ont été absorbés, détruits, dynamités avec beaucoup de facilité [5] au fil du temps ou de penser aux rénovations en cours, pensez à l’Hôtel-Dieu par exemple.
Rassurons-nous en pensant qu’il subsiste encore ici et là des traces [6] de la légende de la cité phocéenne qui raconte encore ses liens avec les mondes lointains, la circulation des hommes, son ouverture au grand négoce, même si nous sommes passés d’un trafic portuaire au développement à tout va du tourisme et même si nos bâtiments historiques changent facilement d’affectation.

Notes

[1] http://www.beetroot.gr/
http://blog.beetroot.gr/

[2] Habile et prudent, nous supposons que les phocéens s’installèrent vraisemblablement sur la butte Saint Laurent afin de contrôler la passe. A noter sous la butte saint Laurent la découverte des vestiges d’un théâtre, le plus ancien de l’Occident.

[3] Lire à ce sujet, Marseille ou la mauvaise réputation de Olivier Boura, 2001, poche.

[4] Dur de résister, quid du Hot ?

[5] Malgré mon affection pour les miscellanées, impossible de dresser une liste nécessairement frustrante.

[6] Ne regardez pas où vous mettez les pieds, même si c’est galère, pour débusquer sur les façades de la rue de la République les signes représentatifs des bureaux de placement des compagnies maritimes, place Sadi Carnot, les messageries maritimes, dans la rue Mazenod et à l’angle du boulevard des Dames, la Compagnie Paquet, etc. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Good morning city, 1969, Hundertwasser. "Hundertwasser : le rêve de la couleur" exposition des Musées de Marseille. 

  

Juin 2012

HUNDERTWASSER : LE RÊVE DE LA COULEUR

Hundertwasser : le rêve de la couleur , exposition des Musées de Marseille en co-production avec l’association « Viens ! À Marseille » [1] et la Fondation 
Hundertwasser de Vienne, au Centre de la Vieille Charité.

« Ma peinture est végétative ! » peut-on lire sur les cimaises de l’exposition consacrée à Hundertwasser. Bizarre ? Je crois comprendre qu’il s’agit pour lui d’insister sur son exploitation singulière de la ligne qui proscrit le mouvement rectiligne au profit des formes au caractère organique dont la qualité consiste à envahir l’espace plan de la toile. Je dois reconnaître que si j’adhère à cette citation du peintre, dont l’œuvre picturale me laisse de marbre, c’est de manière littérale. Je conserve pourtant de mes études un souvenir très agréable lié à la rencontre avec son univers coloré, lors d’un séjour studieux à Vienne. C’est une cruelle désillusion de réaliser à quel point la mémoire n’est pas très fidèle et ne conserve finalement que les bons côtés. Le contexte, l’humeur du moment, l’âge, facilitent bien la manipulation (plus ou moins consciente) des souvenirs.
Devant les premières toiles exposées à la Vieille Charité, je glisse ! Idem devant les citations de l’auteur qui cohabitent [2] avec ses productions : « Tout est infiniment simple, infiniment beau »... Rien ne me retient devant cette peinture qui s’appuie essentiellement sur de l’aquarelle et sur des assemblages de papiers marouflés sur toile. Je pourrais apprécier ces figures enfantines si seulement j’appréciais les constructions naïves et les harmonies de complémentaires à deux tons. Alors je flâne et je remarque très rapidement autour de moi des mines joyeuses et des regards qui brillent devant des spirales colorées : « La spirale est le symbole de la vie et de la mort » (ah ?) ou des contrastes violents. J’ai beau savoir que la couleur n’est qu’une sensation produite par la lumière ou par sa réflexion sur les objets et que tout se passe au niveau du cerveau qui interprète une sensation de l’œil, ce relativisme (me) fait mal. Mes voisins de visite ne partagent pas mon opinion et c’est tant mieux d’ailleurs, ils apprécient ces schématisations, ces jeux de couleurs, ces décompositions de traits, ces effets de collages, ces entrelacs et autres ornementations enchevêtrées [3].
Victime d’un réflexe lié à la création contemporaine, je me penche sur les cartels pour découvrir les titres des œuvres : Le je ne sais pas encore, Blue blues, Les 30 jours fax image, Le garçon aux cheveux verts, etc. Là encore quitte à passer pour un je ne sais quoi, je reste coi devant cette peinture : toujours insensible aux nappes de couleurs ou aux incrustations de formes, à l’exception des dernières œuvres de la seconde salle où sont exposées plusieurs toiles inachevées qui éclairent assez bien le processus de travail de l’artiste. Sur le support encore vierge, des lignes rapides dessinent des espaces qui ne sont pas encore colorés mais simplement traversés de jus de peinture. Même si ce jeu d’emboitement et de construction me semble hasardeux je peine un peu moins, « Je remplis le tableau jusqu’à ce qu’il soit plein de magie, comme on remplit un verre avec de l’eau ».
Fort heureusement, je me laisse porter par mes jambes à défaut de les prendre à mon cou jusqu’aux dernières salles de la Vieille Charité pour y découvrir la suite de l’exposition avec les gravures et les sérigraphies notamment. A ce stade de la visite, je ne cherche plus du tout à saisir (même partiellement) la signification des thèmes investigués qui sont commentés dans l’étrange (au sens de l’inexplicable) catalogue de l’exposition, page 35 : « La fusion du visage humain et de la nature ; le devenir paysage du visage et de la ville reconquise par la créativité ; la ligne infinie » ?
Après avoir évité soigneusement les tapisseries, je réussis enfin à m’attarder sur les qualités plastiques des gravures et des sérigraphies dont j’apprécie l’art des compositions, les formes sinueuses, l’éclat des couleurs ou les tracés irisés. Autour des formes colorées je relève dans les marges la présence de nuanciers ou d’autres signes qui renseignent sur les procédés et les phases de colorisation utilisées ou inventées. Le blanc si rare jusque là refait même une apparition opportune avec Good morning city. Même si ce n’est toujours pas « le renversement du point de vue de la représentation du tableau selon des lois naturelles comme un espace naturel concentré » qui me touche, j’ai l’impression que le principe des techniques mixtes c’est à dire l’association simultanée de plusieurs techniques, prend enfin ici tout son sens, loin d’une tradition parfois trop sage qui empêche de penser l’évolution des formes.

du 27 avril au 9 septembre • Centre de la Vieille Charité • 2 rue de la Charité • Marseille 1er • mardi au dimanche • 10 h à 18 h • de 3 à 8 euros • 04 91 14 58 80

Notes

[1] Il y a dans ce projet d’après Charlotte Bensoussan, directrice de l’association « Viens ! À Marseille » qui est partenaire de la Ville, « …de l’économique, du culturel et du social au sens noble du terme ». Dans l’ordre suis-je tenté d’ajouter.
www.newsofmarseille.com/hundertwasser-pigmente-la-vieille-charite

[2] Comme pour insister sur la cohérence du projet culturel.

[3] En parlant d’enchevêtrement, lire l’article du blog Marsactu sur le financement de ce qui semble être prioritairement une énième opération de revalorisation du périmètre autour du cours Belsunce.
www.marsactu.fr

 

 

 

  

Kilda 2, 2012, Berdaguer & Pejus Exposition Insula à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne.

 

Mai 2012

Insula, exposition de Berdaguer & Péjus à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne du 16 mars au 13 mai 2012

Depuis Marcel Duchamp les investigations des artistes vont toujours plus loin dans l’accaparement du réel avec le souci de repousser encore plus loin les limites de l’art jusqu’à ce que l’un et l’autre se confondent parfois. En introduisant d’autres méthodes de travail, en accordant au concept une place importante, en privilégiant l’intérêt critique et non plus seulement plastique, l’œuvre de Duchamp a radicalement bouleversé l’art du siècle dernier. Aujourd’hui encore cette réflexion sur l’art et ses limites ainsi que sur ses relations avec la société n’a pas cessé de produire ses effets. Créer se révèle plus complexe que simplement exécuter le geste parfait, réaliser une œuvre inspirée ou produire quelque chose.
Exemple avec l’invention du ready-made [1] : vu de loin n’importe quel objet du monde ordinaire peut être traité comme une œuvre d’art à condition que ce traitement soit le fait d’un artiste. Facile alors de conclure à un raisonnement tautologique puisque l’œuvre d’art n’est rien d’autre que ce qui est produit par un artiste, qui lui-même se définit par sa capacité à faire œuvre d’art !
Pourtant cette circularité n’est qu’apparente. L’art n’est plus seulement une jouissance esthétique, il faut que le regard repère la multiplicité des interactions pour que le regardeur éprouve une jouissance polysémique. Disons que l’art contemporain ne fait pas que changer la forme des choses, mais aussi leur sens [2].
De l’ambiguïté et un vertige pour les sens que nous retrouvons dans l’exposition de Christophe Berdaguer et Marie Péjus à l’IAC de Villeurbanne. Au moment où de nombreux artistes développent un projet artistique qui se préoccupe du réel, les lauréats Mécènes du Sud en 2011 [3] explorent d’autres territoires comme l’indique le titre de leur exposition, Insula [4]. J’ai l’impression que leur investigation du réel est modulée par leur approche conceptuelle avant de donner lieu à de nouvelles matérialisations. Visualisez pour commencer des environnements plutôt que des installations parce que c’est un genre plus sensible à l’espace et à l’expérience de l’espace. Ce binôme s’intéresse aussi bien à l’espace physique, plastique qu’à l’espace du rêve et aux interactions entre le corps et l’esprit. Mais comment représenter cette étendue indéfinie où les corps résident en mouvement ?

La première chose que je remarque est la façon bien particulière dont ils choisissent d’habiter l’IAC. Lentement mais surement, j’oublie les vieux principes du white cube au profit d’autre chose. Dans la plupart des cas, la solution retenue est celle de la boîte blanche qui isole les œuvres : il s’agit d’éviter toute perturbation, de garantir une certaine autonomie des créations exposées afin de favoriser les expériences que les visiteurs en feront. Ici l’agencement de l’exposition, ou l’accrochage si vous préférez (même s’il n’y a plus grand chose à accrocher bien souvent), se caractérise par une blancheur omniprésente du sol au plafond en passant par les productions des artistes.
L’effet est saisissant, j’hésite souvent avant de m’approcher, je regarde où je mets les pieds et j’ai même du mal à identifier les textures des volumes, des constructions hybrides ou des maquettes. Finalement je me laisse porter par cette sensation qui participe de l’étrange unité de l’exposition. C’est un peu comme si j’étais à l’intérieur d’une architecture rêvée, voire dans la tête d’une autre personne !
Plutôt déconcertant à l’image de cette Forêt épileptique, un dispositif de projection aux qualités immersives où le visiteur découvre, éprouve même une déambulation dans une forêt éclairée par des stroboscopes susceptibles de provoquer des crises d’épilepsie de type photosensible.

A la fin de ma visite je réalise quel est l’effet de symétrie souhaité par les auteurs avec l’exposition de Kilda 2 en guise d’ouverture puis de Kilda [5] à la fin. Imaginez une île habitée uniquement par des oiseaux, du vent et une communauté qui ignore ce qui se passe dans le reste du monde, un contexte qu’ils matérialisent sous la forme temporaire d’une architecture arachnéide faite de chaines, d’un ciel à l’envers, de son reflet ou encore de concrétions et de fientes. Ici encore le réel ressurgit grâce à l’imaginaire et aux mots que les formes plastiques suscitent.
Le vertige du visiteur est souvent lié à la présence d’objets exposés dans les espaces de l’art contemporain où toute œuvre d’art semble exister sous une double espèce, à la fois objet réel parce que ce qui est exposé est immédiatement identifiable et produit de l’imagination parce que dans ce contexte ils ne sont plus exactement ce qu’ils sont ailleurs. C’est un trouble qui enfle encore avec la démarche de Berdaguer & Péjus [6] qui exposent des formes résiduelles, des potentiels plutôt que des œuvres.

Notes

[1] Un objet trouvé ou acheté mais surtout "dé fonctionnalisé" car placé dans un autre contexte où il sera considéré comme un objet d’art.

[2] Et c’est bien souvent le mot qui met en marche l’image.

[3] www.mecenesdusud.fr/Berdaguer-Pejus

[4] L’insula, ou cortex insulaire fait partie du cortex cérébral, et conserve aujourd’hui encore de nombreux secrets. L’insula reçoit un certain nombre d’informations relatives à l’état du corps, la mesure de son propre rythme cardiaque, la motricité de certains organes, le contrôle de certaines émotions, la conscience du soi…

[5] L’archipel de Saint Kilda a abrité pendant plusieurs millénaires quelques familles dont le mode de vie autarcique dépendait presque entièrement des oiseaux. Les derniers habitants furent évacués en 1930 cédant aux volatiles cet étrange royaume, zone de reproduction pour de nombreuses espèces.

[6] www.documentsdartistes.org/artistes/berdaguer-pejus

 



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