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ACTUALITE

04/03/2008

En Italique conçoit et anime à la demande des promenades architecturales depuis le Vieux-Port jusqu'aux quartiers d'Arenc et de la Joliette. Contactez-nous pour programmer une nouvelle promenade.

23/09/2000

Dans le cadre d'un cycle de conférence initié par l'ADAPP Ouest Provence intitulé "L'art en mouvement" En Italique vous donne rendez vous une fois par mois d'octobre 2011 à  juin 2012 au cinéma Le Coluche à Istres autour du genre de l'installation.

25/05/2000

En Italique anime des circuits entre les lieux d'exposition, galerie, association, atelier d'artiste, à la demande. La proximité des lieux de diffusion dans l'hyper centre marseillais est propice à la (re)découverte de la vivacité de la création ! Contactez nous pour programmer le circuit qui vous conviendra le mieux.


Objet de curiosités

En Italique a collaboré pendant plusieurs années avec Mécènes du Sud au développement d'un projet intitué "Aparté" et à partir d'octobre 2010 jusqu'en 2013, à la newsletter de ce regroupement singulier d'entreprises avec la rédaction d'une critique sur l'actualité artistique et culturelle aussi bien locale que nationale.

 

 

Consultez la rubrique Feed back de la lettre d'information "Objet de curiosités" en consultant le site de Mécènes du Sud ou uniquement les articles Feedback à l'aide des liens ci-dessous : 

RIP d'Arles, Rencontres Internationales de la Photographie 2010

Festival ActOral.10

Edition 2010 de RISC Rencontres Internationales Sciences et Cinémas

Exposition Basquiat au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Expositions de Driss Aroussi à la Bibliothèque départementale et de Jacques Hérold au Musée Cantini

Représentations de "Peeping Tom" au Merlan, scène nationale et de "Que faire ? (le retour)" à la Criée, Théâtre Nationale de Marseille.

Panorama des Chantiers de la 3e promotion de la FAI AR

Ouverture du Mémorial de la Marseillaise

Spectacle du GdRA "Singularités ordinaires" au Merlan Scène nationale

Exposition, L'Orientalisme en Europe : de Delacroix à Matisse, à la Vieille Charité

16e édition du Festival de danse et des arts multiples de Marseille : FDAmM

26e Festival international de théâtre de rue d'Aurillac - 2011

Château La Coste Art centre - Promenade Art & Architecture

Concert goûter de Andromakers au Cabaret Aléatoire à la Friche de la Belle de Mai

Exposition Universelle de Rachid Ouramdane dans le cadre de la clôture du Festival Dansem au Théâtre La Minoterie

Projection de Paparuda de Monsieur Moo lors du NICE TO MEET YOU de ZINC le 23 février 2012  à la Friche la Belle de Mai

« Tout va bien » de Alain Buffard au Pavillon Noir, Aix-en-Provence, vendredi 3 et samedi 4 février 2012.

La distance qui nous sépare de L’entreprise compagnie François Cervantes, du 6 au 24 mars 2012 à La friche la Belle de Mai, salle La Cartonnerie.

Insula, exposition de Berdaguer & Péjus à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne du 16 mars au 13 mai 2012

HUNDERTWASSER : LE RÊVE DE LA COULEUR du 27 avril au 9 septembre

The Greek Monsters par Beetroot du 26 avril au 29 juillet 2012, Benaki Museum, Athènes

Festival International de la Photographie - Les rencontres d'Arles 2012

Tous bénévoles ! Et l’Avant Première de CUBe / Christian Ubl, BlackSoul - WhiteSpace : Traversée à KLAP, Maison pour la Danse – Kelemenis & cie

Please, continue (Hamlet) de Roger Bernat et Yan Duyvendak. Festival actoral.12

It takes two to tango de David Mach, jardin Mirès, à Arenc et Seconde Nature de Miguel Chevalier et de Charles Bové, place Arvieux à la Joliette

L’art à l'endroit : un parcours d'art contemporain à Aix-en-Provence et le Pavillon M à Marseille / Mathieu ma fille foundation, Sous nos pas Mémoires du Grand Nord au 3bisF. Festival Dansem.

Inauguration de Marseille Provence 2013, samedi 12 janvier, la grande clameur. As if a ruin de Lara Favaretto, exposition Ici, ailleurs Tour - panorama de la Friche La Belle de Mai, du 12 janvier au 31 mars.

 

 

 

 

Février 2013

INAUGURATION DE MARSEILLE PROVENCE 2013, SAMEDI 12 JANVIER, LA GRANDE CLAMEUR. AS IF A RUIN DE LARA FAVARETTO, EXPOSITION ICI, AILLEURS TOUR - PANORAMA DE LA FRICHE LA BELLE DE MAI, DU 12 JANVIER AU 31 MARS.

Etre partout en même temps c’est surtout être nulle part. Lorsque commence la grande clameur [1] dans la ville, je suis encore entre deux spots et cinq minutes après… il est déjà trop tard ! A la place des sirènes urbaines ou des cloches des églises je n’entends que la foule et des bribes de conversation, pas de clameur ni de black out. Je croise même quelques voitures qui circulent tant bien que mal au ralenti mais toujours pas d’embrasement sonore, juste une ville qui vibre un soir. Marseille n’a pas vraiment disjoncté mais cela ne m’a pas du tout empêché d’apprécier cette soirée d’ouverture. Pour une raison toute simple : pendant que je fendais la foule pour tenter de combler ce retard, je me disais qu’il était encore temps. Ce n’est pas objectivable mais dans l’hyper centre marseillais où circulation rime avec perturbation, le remplacement du trafic routier par la présence des habitants ça fait du bien ! La foule est compacte mais ce n’est pas simplement l’affluence qui retient mon attention c’est plutôt l’impression de participer à une sorte de mariage heureux d’individualités.
Après tout, peut-être que l’intérêt des clameurs ne réside pas dans la réalisation d’une performance sonore en particulier mais plutôt dans l’élaboration d’un climat urbain inédit ? J’exagère peut-être. En tout cas, tout me pousse à me déplacer et même s’il n’y a parfois pas grand chose à voir, je me dis que la multiplication des événements est utile à la gestion des flux et qu’elle favorise aussi peut être l’accès à l’art ou qu’elle crédite la ville de nouveaux attraits. Ne pas rester en place augmente mes capacités d’attention, m’ouvre de nouvelles perspectives sur nos quartiers et particulièrement sur la manière dont nous nous partageons ces espaces. Ce rassemblement ne dure qu’un temps mais c’est suffisant pour constater qu’il exprime le volume des souhaits cristallisé par un programme, alors pourquoi ne pas concevoir cette mobilisation comme la possibilité de développement d’un intérêt d’ordre collectif ?

Les notions générales de mobilisation, de sensibilisation ou de participation sont souvent confondues dans les discours, être informé ce n’est pas contribuer, encore moins décider, sans parler de l’évaluation du champ d’intervention qui demeure très compliquée. C’est pourtant un fait lors des manifestations culturelles tout comme dans la création contemporaine la participation est devenue une constante et ce sera aussi le cas au fil des événements de cette année. La qualité de l’ouverture est évidemment liée à notre capacité collective à répondre présent et à notre capital de confiance et de convivialité qui laisse augurer le meilleur pour la suite. Imaginons des intérêts partagés par plusieurs personnes, la fédération d’acteurs autour d’actions communes, la contribution de tous autour d’un objectif commun. Il s’agit de ne pas envisager cette inauguration sous l’angle unique de la politique de l’offre mais d’être aussi à l’écoute de cette marée humaine, d’entendre ses appels, à défaut d’une grande clameur. La participation peut aussi être considérée comme un véritable objectif politique pour lutter contre le désinvestissement et s’adresser à ceux qui ne viennent pas spontanément. Le scepticisme et les critiques de la presse nationale [2] à l’égard de cette soirée tout comme les louanges de la presse locale [3] sont surtout révélatrices des attentes et des représentations dissemblables suscitées par le label de Capitale européenne de la culture. Sans parler de l’inévitable comparaison avec Lille. Encore. Marseille se serait contenté d’une offre rachitique, pas assez spectaculaire pour une foule perplexe en quête d’émotions… C’est une lapalissade mais ici les choses ne se passent vraiment pas comme ailleurs d’abord parce que nous ne redoutons pas les paradoxes [4] et encore moins une certaine inertie.

Je pense à une œuvre de Lara Favaretto exposée en ce moment dans la toute récente Tour - Panorama de la Friche. C’est un simple cube de confettis marrons [5], fragile et sensible, au titre évocateur : As if a ruin, comme si une ruine… Une œuvre à ne surtout pas toucher et qui ne propose à priori qu’une contemplation passive. Pourtant son statut demeure instable. Ses lignes se transformeront au rythme des vagues de visiteurs jusqu’à ce qu’il nous donne l’impression de s’être effondré et au moment où nous aurons l’impression qu’il a définitivement perdu de sa superbe, nous réaliserons qu’il s‘est disséminé dans les différents espaces de la Friche. Certaines pratiques artistiques tiennent le spectateur à distance pendant que d’autres s’ouvrent au dialogue. Celle-ci adhère à nos semelles et marche à notre rythme.

Notes

[1] Le programme officiel annonce : Samedi 12 janvier 2013 à 19h plusieurs lieux, un seul horaire, cinq minutes pour faire disjoncter Marseille… Pendant cinq minutes, chacun participe aux performances musicales, bruitistes, chorales, déclamées, percussives…
imaginées par plus d’une vingtaine de lieux, de structures et d’artistes. Le son monte dans le ciel marseillais dans un crescendo bigarré qui fera (qui sait ?) disjoncter la ville.
http://www.mp2013.fr/grandes-clameurs-2/

[2] Cf. Libération.

[3] Cf. La Provence.

[4] Au sujet de l’inauguration, c’est au moment où les rues débordent d’une foule plutôt patiente que les commerces de l’hyper centre en profitent pour fermer leurs portes, sic.

[5] A voir le Metrocubo d’infinito (Mètre-cube d’infini) de Michelangelo Pistoletto, une œuvre créée en 1966 : six miroirs rectangulaires, faces tournées vers l’intérieur, assemblés de façon à former un volume d’un mètre cube. Une option vers l’infini et l’inaccessible… As if a ruin de Lara Favaretto ressemble en revanche à la cruelle sonnerie du réveil matin, retour à la réalité !

 

 

 

 

 

 

    

Janvier 2013

L’ART À L’ENDROIT : UN PARCOURS D´ART CONTEMPORAIN À AIX-EN-PROVENCE ET LE PAVILLON M À MARSEILLE.


MATHIEU MA FILLE FOUNDATION, SOUS NOS PAS MÉMOIRES DU GRAND NORD AU 3BISF À AIX-EN-PROVENCE, FESTIVAL DANSEM.

Si vous lisez ces lignes c’est que la fin du monde n’a pas eu lieu. Finalement après le 21 décembre 2012 il n’y a rien d’autre que le 22 décembre 2012 ! Nous avons peut-être tout simplement mal interprété le calendrier et la culture maya ? Parfois un compte à rebours en cache un autre, celui qui stimule nos qualités de gloseur en ce moment c’est celui qui nous rapproche de 2013 et du statut de Capitale Européenne de la Culture. Comme n’importe quel touriste je récupère un programme pour concentrer mon attention sur le week-end d’ouverture et je m’interroge sur la manière dont ce genre de lecture risque d’influencer les lecteurs qui seront les futurs visiteurs [1].


Commençons par L’Art à l’endroit : Un parcours d´art contemporain à Aix-en-Provence qui donnera le ton. Attendez-vous à ce que le samedi 12 janvier à 11h plus d’une dizaine de lieux : « La Cour de l’Hôtel de Ville, la fontaine de la Rotonde, le Cours Mirabeau, le Grand Théâtre de Provence, le Pavillon Vendôme ou encore le Palais de Justice vivent une métamorphose surprenante qui amène visiteurs et habitants à reconsidérer les espaces du vivre ensemble. » [2] La présentation est aguichante [3], elle évoque le souci du commissaire pour le patrimoine de la ville d’Aix et pour ses espaces communs. Pourtant à la question [4] : « Vous avez prévu un accompagnement ? » Xavier Douroux propose une réponse plutôt spartiate : « Les œuvres parlent d’elles-mêmes, je ne suis pas favorable à un médiateur, il y aura un livret, je fais confiance à la capacité d’étonnement ». Tout est dit, la confiance vis à vis d’une sélection artistique, la préférence pour un document plutôt que pour une rencontre ainsi que la conviction que le choc artistique s’établit par la seule force de l’art, sans aucune présence. Une opération presque magique : nous y croyons ou nous n’y croyons pas…


Revenons à Marseille sur la Place Villeneuve Bargemon exactement où pousse le Pavillon M qui est présenté comme la vitrine de l’année capitale. Le site de la ville qualifie cette structure éphémère de « couteau suisse », autant dire qu’elle remplira plusieurs fonctions, les plus attendues comme les plus surprenantes : diffusion de la programmation, réservations et billetterie pour toutes les manifestations du territoire, promotion des collectivités, des institutions et même des sociétés (motivées par la location d’un espace), expositions, spectacles, avant-premières, rencontres (où figureront pêle-mêle : figures du sport, starlettes du petit écran, cinéastes du cru, etc.), projection des sept merveilles de Marseille sur un mur d’eau et même « des chefs virtuels en train d’expliquer la recette de la bouillabaisse dans l’hémicycle du conseil municipal transformé en salle de cinéma 3D » ! Pour Didier Parakian, adjoint au Maire en charge du lieu qui l’est aussi du développement des entreprises marseillaises à l’exportation c’est le symbole [5] du « jeu collectif… Il y a le temps du combat politique et celui de l’année capitale ». C’est clair voici une « interface entre le public et la programmation » qui cumule les surfaces de contacts et affiche une pléiade d’intérêts dominés surtout par la communication.


C’est une sorte de grand écart entre ces deux situations (pas vraiment stimulantes) qui m’évoque un spectacle, Mémoires du Grand Nord de Mathieu ma fille Foundation [6]. Il y est question de la marche aussi polaire que désespérée d’un homme et d’un chien qui témoigne une certaine perplexité devant la fin inéluctable de son compagnon. Le sujet comme la qualité de l’interprétation me font penser au débat sans fin entre l’imagination et la raison. Je veux parler de ce "je ne sais quoi" qui vient de "je ne sais où" et qui est au départ d’une création artistique, ne nécessite t-il pas cependant des formes, un cadre, le travail de la raison qui permettra sa communication ? Ce n’est pas simplement l’image de cet homme dans un environnement hostile en quête de quelque chose d’incommunicable qui me semble opportune mais plutôt la manière dont la dichotomie qui divise le corps et qui rend possible objectivisme d’un côté et subjectivisme de l’autre trouve ici une résolution sensée et sensible. Et cela malgré l’ambition du projet, les questions qui restent en suspens, le développement d’un récit instable. Progressivement le propos dissimulé initialement prend forme, se gonfle de versions successives et incomplètes. A la fin j’ai même l’impression de m’être perdu dans la structure d’un secret sans avoir réussi à le percer, un peu comme une chasse sans trésor qui conserverait tout de même toute mon attention… Entre le cœur et la raison.

Notes

[1] Ce qui soulève d’ailleurs une question sans réponse, comment communiquer clairement sur les neuf cent propositions programmées pendant toute une année sur un territoire aussi vaste ? La tache est complexe, embarrassante même, inutile d’en rajouter en doutant de l’impact des supports exploités sur la fréquentation des équipements ou sur l’appropriation des programmations.

[2] http://www.mp2013.fr

[3] Ainsi que la liste des artistes, Marc-Camille Chaimowicz, Mark Handforth, Thomas Houseago, Rachel Feinstein, Kimsooja, Yayoi Kusama, Jorge Pardo, Huang Yong Ping, Ugo Rondinone, Sofia Taboas, Xavier Veilhan, Franz West.

[4] Lu dans le Hors série de La Provence Marseille-Provence 2013 joue l’ouverture disponible à la Maison Diamantée.

[5] Pas avare en symbole ce Pavillon M incarnerait aussi « L’esprit 2013 ainsi que nos qualités d’accueil, d’écoute et de partage. C’est en quelque sorte la porte d’entrée de l’année Capitale. M comme Marseille, magique, métamorphose. » selon Didier Parakian.

[6] http://mathieumafillefoundation.org/


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décembre 2012

IT TAKES TWO TO TANGO DE DAVID MACH, JARDIN MIRÈS, À ARENC.
SECONDE NATURE DE MIGUEL CHEVALIER ET DE CHARLES BOVÉ, PLACE ARVIEUX À LA JOLIETTE.

Le changement c’est maintenant ! Si cette formule vous rappelle quelque chose, c’est normal. Pour ma part je pense aux campagnes de communication et aux déclarations officielles qui vantent la renaissance marseillaise ou le nécessaire changement d’image de la ville [1]. En attendant cette métamorphose, ce qui affecte aussi bien le tissu urbain que nos façons d’habiter ce sont les chantiers à répétition… Attardons nous sur les 2e et 3e arrondissements où ils se succèdent depuis 1995 sous l’impulsion d’Euroméditerranée principalement. Pensez simplement à la construction de plusieurs équipements culturels à proximité du quartier d’affaires de la Joliette avec EuromedCenter par Massimiliano Fuksas [2], au prochain cinéma multiplexe confié à Luc Besson, au nouveau Fonds Régional d’Art Contemporain Provence–Alpes–Côte–d’Azur signé par Kengo Kuma à l’angle du boulevard de Dunkerque et de la rue Vincent - Leblanc, au prochain déménagement du théâtre de la Minoterie sur la future Place de la Méditerranée à proximité du Silo réhabilité en salle de spectacles, etc. Je décide de m’intéresser en particulier à l’éclosion d’œuvres dans l’espace public « euroméditerranéen » puisque l’établissement public d’aménagement s’est lancé comme défi l’intégration de l’art contemporain dans la ville [3].


Si rien n’est fait dans la conception des villes pour recevoir l’art comme Daniel Buren [4] le soulève je me demande comment les artistes concernés réussissent à composer avec un contexte en perpétuel mouvement ? Comment attirer les regards sur un objet spécifique malgré la fin de l’isolement de l’œuvre ? C’est vrai, certains artistes sont extrêmement sensibles à la complexité du contexte urbain, ils tirent parti des usages d’un lieu tandis que d’autres réalisent des propositions qui se fondent dans l’environnement. A tel point d’ailleurs que les rares personnes à pouvoir remarquer ces gestes discrets ce seront les mêmes que ceux qui fréquentent les musées. Des œuvres qui sont presque invisibles. À la Joliette, sur la place Arvieux depuis 2010 vous appréciez peut-être Seconde nature une œuvre de Miguel Chevalier qui apparaît à la nuit tombée sur une partie de la façade du bâtiment des docks. C’est un jardin virtuel plutôt séduisant qui évolue au rythme des saisons et des passants. Dommage, suis-je tenté de dire car avec le départ des employés des Docks chaque soir cette partie du quartier manque cruellement de présence. Subsiste donc le jour une forme priapique orange dessinée par Charles Bové qui abrite une cabine de projection. Vous êtes surement déjà passé devant cette sorte de spirale inclinée de dix-huit mètres de haut mais l’avez vous vraiment remarqué ? En ce qui me concerne je reste attiré par des interventions artistiques qui questionnent l’espace urbain, qui ne considèrent pas la rue comme un simple décor et qui visent une interrelation plus importante. Sans aller jusqu’à rechercher exclusivement des œuvres qui contredisent un contexte ou qui perturbent un état de fait.

Citons le cas emblématique de Tilted Arc [5] (l’Arc incliné) de Richard Serra qui sera finalement détruite. Une conclusion sinistre qui est très significative des logiques distinctes qui s’exercent dans un musée et dans la rue. Un peu plus loin, dans le tout récent jardin Mirès [6] juste avant le terminus de la ligne 2 du tramway, siège une sculpture de cinq mètres d’envergure qui figure deux sumos en plein effort. Deux corps massifs séparés uniquement par un conteneur bleu manifestement soucieux d’une médiation nécessaire entre les lutteurs japonais. C’est une sculpture de David Mach intitulée It takes two to tango qui a été offerte par la CMA-CGM à la ville de Marseille. Au dessus des deux mastodontes, à la carnation étonnante, la tour du groupe de transport en conteneurs dessinée par Zaha Hadid perce le ciel. Une association de formes qui évoque pour ses admirateurs les notions de lourdeur et de légèreté et un message positif adressé au territoire. Souvent utilisé par Reagan le titre même de l’œuvre évoque les relations entre les blocs de l’Est et de l’Ouest lors de la guerre froide… Pour ma part cette démonstration de force exprime plutôt la flexibilité d’un partenariat dans un contexte économique et social tendu. Drôle de clin d’œil. Au bout du compte, le changement génère, souvent, de la crispation et des questions : qu’en est-il des moyens donnés à chacun de s’approprier ces transformations et cette ville en devenir ? Cet héritage fera t-il l’objet d’une appropriation commune ? Les formes culturelles offrent-elle encore à la société une possibilité de se reconnaître dans un patrimoine partagé ?

Notes


[1] Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, de passage à Marseille le vendredi 16 novembre déclare : « Une chance, pour que change le regard porté sur la ville et le territoire. L’objectif est de faire en sorte, comme ça a été le cas pour Lille, qu’on ait vraiment un effet catalyseur qui permette de faire de Marseille-Provence 2013 un élément de la reconquête de l’image du territoire grâce à la culture et par la culture. »
http://www.laprovence.com/article/actualites/aurelie-filippetti-marseille-a-un-role-particulier-a-jouer

[2] Lire à ce sujet la réaction de l’architecte Massimiliano Fuksas : http://www.challenges.fr/economie

[3] La deuxième page du journal d’Euroméditerranée qui date du mois de novembre 2010 souligne déjà ce défi : http://www.euromediterranee.fr. Quelques mois plus tard le site de l’établissement public évoque un parcours artistique qui se met en place : http://www.euromediterranee.fr/les-actualites/detail-actualite.html

[4] Lorsque Daniel Buren précise son propos en soulignant la relation d’une création à un contexte : « Une création contextuelle change le lieu où elle s’installe tout en étant changé par ce lieu » je pense à Paul Ardenne qui pourrait compléter : « C’est l’idée que la poésie doit être transformative. » Cet art souhaite re-profiler l’espace public et le rapport entretenu avec celui-ci par son usager.

[5] En 1979 Richard Serra reçoit une commande du gouvernement américain. Son œuvre Tilted Arc une courbe d’acier longue de plus de 36 m et haute de 3,6 m est fixée dans l’infrastructure de la Federal Plazza. L’œuvre barre le regard et oblige les employés des bureaux à la contourner pour traverser la place coupée en deux. Elle est critiquée dès son installation en 1981, responsable d’attirer les graffitis, les déchets, elle serait même à l’origine d’une invasion de rats dans la ville de New York. Elle sera finalement débitée à la tronçonneuse par le commanditaire la nuit du 15 mars 1989 malgré le procès intenté par l’artiste pour lequel il était impossible d’envisager le déplacement de son œuvre. Un jugement qui manifeste dorénavant la « priorité des droits du propriétaire sur la libre expression et le droit moral de l’artiste » !

[6] Au sujet du récent jardin Mirès : http://www.euromediterranee.fr/les-actualites/detail-actualite.htm


actOral.12, Marseille, 2012 © Sylvain Couzinet-Jacques

 

 

 

 

 

 

Novembre 2012

PLEASE, CONTINUE (HAMLET) DE ROGER BERNAT ET YAN DUYVENDAK.

2 et 3 octobre au Tribunal de commerce de Marseille avec Véronique Alain, Hélène Hudovernik, Thierry Raynaud et des magistrats, avocats et médecins marseillais.

Dans la salle d’audience du tribunal de commerce de Marseille se déroule un procès célèbre, jugez plutôt : le prévenu s’appelle Hamlet, la victime, Polonius et la plaignante, Ophélie ! Des noms d’emprunts qui signalent le caractère universel de ce spectacle afin de protéger l’anonymat des protagonistes du drame réel [1] précise la communication d’actOral. Ce qui me laisse croire à une vraie tragédie contemporaine qui sert de palimpseste à la représentation. Sur la scène authentique et inattendue cohabitent des comédiens facilement identifiables à leur t-shirt jaune canari et des professionnels, un juge, un avocat, un procureur, un huissier, un médecin légiste et un psychiatre. Voici une représentation plus vraie que nature qui ne cache pas ses artifices à priori. En ce qui concerne les jurés, ils sont dans la salle et ils ne seront connus qu’à la fin des plaidoiries, en attendant c’est à chaque spectateur-citoyen de se faire une idée ou plutôt une intime conviction [2]… Je parlais précédemment de palimpseste mais en y repensant ce n’est pas tout à fait le cas, car contrairement à un manuscrit écrit sur un parchemin préalablement utilisé, je suppose qu’ici les auteurs n’ont pas fait disparaître toutes les inscriptions pour y graver de nouveaux termes : ont-ils utilisé les documents liés à l’instruction d’une affaire en particulier ou se sont-ils inspirés de plusieurs cas pour élaborer un dossier à part entière [3] qui serait représentatif de nos turpitudes contemporaines et de leur traitement judiciaire ? [4] 


Quoi qu’il en soit c’est un défi qui me semble d’emblé bien délicat à relever, il suffit de penser au caractère oppressif de la langue. Si comme Roland Barthes l’explique le langage est une législation et la langue en est le code [5], alors comment ce dossier incarné par ces différentes parties pourrait-il échapper à l’illusion de la liberté ? Le doute augmente encore entre les murs de cette salle si particulière. Le contexte est plutôt froid et intimidant même si les spectateurs sont déjà dans la salle lorsque le juge fait son apparition. Comme pour la plupart des spectacles finalement, en revanche ici il faut se lever ou s’asseoir au rythme des appels de l’huissier, savoir apprécier la lumière crue d’un tribunal, ses absences d’effets et bien entendu s’armer de patience avant la délibération qui se déroulera dans une salle confidentielle. Pas facile de concentrer son attention sur ce genre d’objet qui coure le risque de la distraction sans être divertissant.


En tant que public j’observe la méthode de jugement qui se base sur la parole et la science des experts : il s’agit de prendre en compte l’acte et la personne dans leur subjectivité. Disons le autrement, l’examen portera sur les faits et sur la personnalité du prévenu, la tache s’annonce difficile. Force est de constater que l’exercice de la parole ne rime pas vraiment avec celui de la raison, ce serait plutôt une arme invisible et puissante ! Car au bout du compte si je découvre quelque chose c’est la cruauté de la fonction de la parole lors d’un procès, songez à la maitrise du discours des professionnels de la justice qui tranche avec la maladresse et le manque d’éloquence d’Hamlet lors de son interrogatoire comme lors des confrontations. Alors comment réussir à douter ou à suspendre mon opinion, voire mes préjugés [6] ?
Il ne s’agit pas de conclure pour autant qu’il ne peut y avoir de liberté que hors du langage, mais difficile de penser le contraire en l’occurrence. Même si j’imagine bien qu’en fonction des représentations les comédiens modulent leur interprétation, qu’ils sont sensibles aux interventions des professionnels comme à l’ambiance de la salle. Dans ce dispositif qui dessine un triangle j’ai bien du mal à trouver une place. La superposition des conventions, le rythme de la procédure ou peut être tout simplement l’apparent second rôle cédé à la fiction au profit de ce qui fait réel ne m’emballe pas. Au moment où j’ai le plus l’impression d’être concerné, avant le verdict, je découvre l’image filmée en temps réel mais sans le son des délibérations !


Ce qui suscite d’ailleurs un détachement plutôt partagé autour de moi. Dommage car l’idée d’une création qui ne me sollicite pas simplement en tant regardeur invité à produire du sens m’attire. Mais la gravité du sujet qui se manifeste par des formes difficilement cernables ne me permet pas vraiment de ressentir son objet au moment de la représentation. Presque tout autour de nous peut faire naître un plaisir de l’imagination même ce qui est douloureux et pénible mais lorsqu’une création artistique se présente comme un objet réel, ne nécessite t-elle pas autre chose, quelque chose que l’œil ne peut pas trouver ? Comme une atmosphère ou une sorte de branchement qui favorise les projections, les interprétations et qui soit le produit d’une interaction entre l’artiste et celui qui regarde ? Hélas, je n’ai pas su quoi faire.

Notes


[1] La communication précise, dans une banlieue défavorisée, pendant une fête de mariage, un jeune homme tue le père de sa petite amie. Elle l’accuse de meurtre. Il déclare que c’est un accident… Presque trois ans plus tard, le procès s’ouvre.

[2] Chaque spectateur est susceptible d’être tiré au sort pour siéger dans le jury à la fin des plaidoiries. À noter le coup du sort du 2 octobre avec un jury composé en majorité par des professionnels de la culture.

[3] Lire à ce sujet l’entretien de Yan Duyvendak « Accusé Hamlet, levez-vous » par Hervé Lucien dans un précédent Objet de Curiosités.
www.mecenesdusud.fr/Yan-Duyvendak

[4] Alors la place donnée à la fiction n’est plus tout à fait la même, mais rien ne me permet vraiment de remettre en question cela au cours de la représentation, même la description tragicomique d’Hamlet en dangereux dératiseur étourdi ! Il suffit de lire l’ensemble de la presse qui n’hésite pas à citer l’affaire comme un cas réel.
www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/08/
Le glissement est aussi facile que contagieux, mais sert-il la représentation ?

[5] Lors de la leçon inaugurale prononcée par Roland Barthes au Collège de France en janvier 1977 il est question des rapports entre pouvoir et langage. "La langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire."

[6] Question ouverte, comment les protagonistes de la cour gère t-il cela ? A moins que la question ne se pose pas… et là c’est le drame !

 



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